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Blues du troisième baiser

 

Elle était presque la première et j’ai voulu l’appeler Eve.

Elle m’appelait Peugeot car j’étais son 306 ème.

Quelques années nous séparaient – elle les avait en plus – et jusque-là

je n’avais jamais fait de stop dans des voitures qui n’arrêtaient pas.

Nous étions debout près de la haie de l’école agricole et sous

nos pieds on pouvait entendre comment

dans les tuyaux d’arrosage l’eau adoucissait

un secret à la terre.

« Si tu plantes un fer à cheval, disait-elle, dans un an

un cheval y poussera », et « Si, disais-je tu y plantes un ventilateur

en un instant s’élèvera la robe de Marilyn Monroe. »

Un instant plus tard ses lèvres ont commencé à se dissoudre comme le sable

et sa langue s’est lancée vers mon visage

comme les restes d’une vague.

A ce moment-là le monde était scindé entre ceux qui fermaient les yeux

et les tambours du champ d’honneur

du crépuscule.

Voilà pourquoi je n’ai pas vu près de moi les roues du tracteur

qui passait éclaboussant l’eau des flaques,

ni les éclats de boue,  comme des baiser volants, giclant

sur les muscles des nuages condamnés, le soir venu, à

faire basculer le soleil

dans la mer.

 

Traduit de l’hébreu par Marlena Braester

In, Ronny Someck : « Constat de beauté »

Editions Phi, 4050 Esch-sur-Alzette, 2008

Du même auteur :

Un chiffon brodé. Poème sur Oum Kalsoum (13/08/2015)

Bloody Mary (13/08/2016)

Albanie, vers la citadelle Kruja (13/08/2017)