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Un chiffon brodé.

Poème sur Oum Kalsoum

 

Elle avait une robe de soie noire

et les marteaux de sa voix enfonçaient des clous d’acier

dans un coude posé sur la table du café

de la place Strouma.

« J’ai accoutumé mes yeux à te voir

et s’il t’arrivait un jour de ne pas venir,

ce jour s’effacerait de ma vie. »

Je suis venu et j’ai effacé avec une éponge un aigle géant

   dessiné à la craie

sur un morceau de nuage.

Sous ses ailes flottaient un chiffon brodé

que le cuisinier de la base militaire de Beer Ora

avait accroché après des années à la boutonnière de son

   pantalon.

Je lui ai demandé quelques oranges

et dans le lecteur de cassettes, sa robe noircissait à nouveau.

Il a arrêté de ses yeux les vapeurs du déjeuner tout en

   épluchant ses patates.

Qui est-ce qui chante, me suis-je hasardé, Oum Kalsoum ?

Il a acquiescé de la tête.

Je pouvais dévaliser toute la cuisine, çà lui était complètement

   égal.

 

Traduit de l’hébreu par Emmanuel Mosès

Revue « Europe »

 

Du même auteur :

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