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IX

(Eli, éli, lama sabactani)

 

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as –tu abandonné

Es t’es-tu détourné de mon rugissement ?

Je hurle sans réponse et n’ai point de repos.

Nos pères t’imploraient, tu les as délivrés ;

Mais moi je suis un ver de terre et non un homme,

Déchet du genre humain, et rebut de mon peuple.

Qui me voit me bafoue, hoche la tête et rit :

« Confie-toi au Seigneur, Il sauve ses aimés. »

J’avais mis mon espoir en toi dès la mamelle,

C’est toi qui m’as tiré du ventre de ma mère,

Toi que j’avais déjà pour Dieu dans la matrice.

Oh ! ne t’éloigne pas de moi quand vient l’angoisse

Car voici qu’il n’est plus personne à mon secours :

Les taureaux de Basan innombrables m’encerclent

Ouvrant leur gueule ainsi que les lions pour déchirer.

Je me sens m’écouler et mes os se disjoindre.

Mon cœur se fond comme la cire en mes entrailles.

Ma bouche est desséchée comme un tesson d’argile.

Ma langue s’est collée aux dents de ma mâchoire.

Les chiens sont attroupés, les malfaiteurs m’assaillent.

Ils m’ont creusé les mains, ils m’ont percé les pieds.

Ils m’ont couché dans la poussière de la mort.

Ils dénombrent mes os, me narguent du regard,

Partagent mes habits, jouent ma tunique au sort.

Dieu, ne t’éloigne point. Hâte-toi, seul secours.

Arrache au glaive, arrache aux chiens ma vie unique,

Prends-la des crocs du lion et des cornes du buffle.

Psaume 22, de David

 

Traduit de l’hébreu par Jean Grosjean

In, Jean Grosjean : « Les Prophètes »

Editions Gallimard, 1955

 

Autres textes bibliques :

Les lamentations (13/03/2018)

Le livre de consolation (10/03/2019)