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Je t'attendais ainsi qu'on attend les navires 

Dans les années de sécheresse quand le blé

Ne monte pas plus haut qu'une oreille dans l'herbe 

Qui écoute apeurée la grande voix du temps

Je t'attendais et tous les quais toutes les routes 

Ont retenti du pas brûlant qui s'en allait 

Vers toi que je portais déjà sur mes épaules 

Comme une douce pluie qui ne sèche jamais

Tu ne remuais encor que par quelques paupières 

Quelques pattes d'oiseaux dans les vitres gelées 

Je ne voyais en toi que cette solitude

Qui posait ses deux mains de feuille sur mon cou

Et pourtant c'était toi dans le clair de ma vie 

Ce grand tapage matinal qui m'éveillait

Tous mes oiseaux tous mes vaisseaux tous mes pays 

Ces astres ces millions d'astres qui se levaient

Ah que tu parlais bien quand toutes les fenêtres 

Pétillaient dans le soir ainsi qu'un vin nouveau 

Quand les portes s'ouvraient sur des villes légères 

Où nous allions tous deux enlacés par les rues

Tu venais de si loin derrière ton visage 

Que je ne savais plus à chaque battement 

Si mon cœur durerait jusqu'au temps de toi-même 

Où tu serais en moi plus forte que mon sang.

 

 Quatre poèmes d'amour à Hélène,

Editions Les Bibliophiles alésiens,1948 

 

Du même auteur :

La nuit ! La nuit surtout (18/01/2014)

 « J'ai toujours habité … » (18/01/2016)

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