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Cornet d’adieu

 

Jésus a dit

« Il n’y aura pas de printemps cette année

Parce que Max(*) s’en est allé

Emportant les chevaux les vergers et les ailes

Parce que sur la croix le bon Saint Matorel

A lâché les oiseaux vers un pays glacé »

Et c’est vrai. Les bourgeons se taisent. Les poitrines

Voient se faner leurs seins. Tout au fond des vitrines

Une enfance à genoux se suicide et le ciel

Epuise en un regard ses réserves de miel

Il fait froid maintenant que tu n’es plus

Beau masque de douleur

Maintenant que tes mains ont trouvé sous la terre

Enfin le battement initial de ton cœur

J’entends ta voix pareille aux chants du monastère

Et tandis qu’on te fait place dans la lumière

Les hommes prient pour toi à Saint-Benoît-sur-Loire

Tu étais sur tous les quais de toutes les foires

Au pain d’épice

On te trouvait dans les coulisses

Des bals champêtres

Tu discutais avec les prêtres

Souvent tu m’écrivais et c’était chaque fois

Des bavardages de bergères et de rois

Tu m’écriras encore

J’attends tes reportages sur la mort

le Nom vernal

O Max

Et l’élixir du laboratoire central

J’attends que soit connu la décision de l’ange

Que Dieu prenne parti pour toi et qu’il t’arrange

Une vie dans le cœur de tes amis natals.

 

(*)Le poète Max Jacob

 

Pleine poitrine

Editions Pierre Fanlac, Périgueux 1946

Du même auteur :

« La nuit ! la nuit surtout… » (18/01/2014)

« Je t'attendais ainsi qu'on attend les navires… » (18/01/2015)

« J'ai toujours habité … » (18/01/2016)

Hélène (18/01/2017)

Celui qui par hasard (18/01/2018)

L’inutile aurore (18/011/2019)