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La maison d’Hélène

 

Il a suffi du liseron du lierre

Pour que soit la maison d'Hélène sur la terre

 

Les blés montent plus haut dans la glaise du toit

Un arbre vient brouter les vitres et l'on voit

Des agneaux étendus calmement sur les marches

Comme s'ils attendaient l'ouverture de l'arche

 

Une lampe éparpille au loin son mimosa

 

Très tard les grands chemins passent sous la fenêtre

Il y a tant d'amis qu'on ne sait plus où mettre

Le pain frais le soleil et les bouquets de fleurs

Le sang comme un pic-vert frappe longtemps les coeurs

Ramiers faites parler la maison buissonnière

Enneigez ses rameaux froments de la lumière

Que l'amour soit donné aux bêtes qui ont froid

A ceux qui n'ont connu que la douceur des pierres

 

Sous la porte d'entrée s'engouffre le bon vent

On entend gazouiller les fleurs du paravent

Le coeur de la forêt qui roule sous la table

Et l'horloge qui bat comme une main d'enfant

 

Je vivrai là parmi les roses du village

Avec les chiens bergers pareils à mon visage

Avec tous les sarments rejetés sur mon front

Et la belle écolière au pied du paysage.

 

 

Hélène ou le règne végétal

Pierre Seghers éditeur, 1951

Du même auteur :

« La nuit ! la nuit surtout… » (18/01/2014)

« Je t'attendais ainsi qu'on attend les navires… » (18/01/2015)

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