cadou1[1]Portrait de René Guy Cadou, par Smoka (7m. sur 7),  Louisfert (Loire-Atlantique)

 

La Haie Longue : 1 Km

 

Toi dont la jambe traîne un peu comme une brume (1)

D’été et comme si la douleur te tirait

Lentement vers la terre ô compagnon que j’ai

Choisi pour les yeux, enfin voici que s’allume

 

Toute ma vie et que je vois l’éternité

Pareille à ce pays mouvant où tu t’enfonces

Avec ta jambe un peu trop lasse dans l’été

Sous les sourcils trop bleus de la nuit qui se froncent

 

Ils marchent près de nous les amis de haut bord,

Grands couturiers de la saison, veneurs des villes

Eteintes, des couchants désolés, vers le port

Au pavillon de clair soleil inaccessible

 

Entre nous deux celle que j’aime et que tu prends

Pour un pommier sauvage, et toujours aussi belle

La poésie comme une graine dans le vent

Qui s’ouvre et se referme aux battements des ailes

 

Des maisons sont couchées sur des enfances basses

Pleines de géraniums et de bouquets chanteurs

Au creux de la vallée ce sont les trains qui passent

Et le convoi des solitudes sans chaleur

 

Mais près d’ici la bonne auberge, la tonnelle

Où volètent les mains fluviales les prénoms

Aimés ; et sur la table ronde qui chancelle

un verre vide avec des larmes dans le fond.

 

(1) Il s’agit du poète Michel Manoll, qui claudiquait

 

 

Hélène ou le règne végétal

Pierre Seghers éditeur, 1951

Du même auteur :

« La nuit ! la nuit surtout… » (18/01/2014)

« Je t'attendais ainsi qu'on attend les navires… » (18/01/2015)

Les visages de solitude (18/01/2016)

Hélène (18/01/2017)

Celui qui entre par hasard (18/01/2018)

L’inutile aurore (18/01//2019)

Cornet d’adieu (18/01/2020)

La maison d’Hélène (18/01/2021)