paz[1]

L’avant du commencement

 

Bruits confus, clarté incertaine.

Un autre jour commence.

C’est une chambre dans la pénombre

et deux corps étendus.

Dans mon front je me perds

en une plaine désertée.

Maintenant les heures aiguisent leurs couteaux.

Mais à mon côté tu respires ;

très aimée et éloignée

tu coules et ne bouges pas.

Inaccessible si je te pense,

te palpe avec les yeux,

te regarde avec les mains.

Les rêves nous séparent

et le sang nous réunit :

Nous sommes un fleuve de battements.

Sous tes paupières mûrit

la semence du soleil.

     Le monde

n’est pas toujours réel,

le temps doute :

   seule est certaine

la chaleur de ta peau.

Dans ta respiration j’écoute

la marée d’être,

la syllabe oubliée du Commencement.

 

Traduit de l’espagnol par Claude Beausoleil

In, « Un siècle de poésie mexicaine. Anthologie »

Editions Ecrits des Forges / Le Castor Astral, 1989

 

Avant le commencement

 

Bruits confus, clarté incertaine.

Un autre jour commence.

C’est une chambre dans la pénombre

et deux corps allongés.

 

Dans mon front je me perds

par une plaine sans personne.

Les heures effilent leurs couteaux.

A côté de moi et lointaine

tu respires ;

tu flues et ne bouges pas.

Inaccessible si je te pense,

avec les yeux je te palpe,

je te regarde avec les mains.

Les songes nous séparent

et le sang nous unit :

Nous sommes une rivière de battements.

Sous tes paupières mûrit

la semence du soleil.

                                   Le monde

n’est pas encore réel,

le temps hésite :

                            seule est certaine

la chaleur de ta peau.

Dans ta respiration j’écoute

la marée de l’aube

la syllabe oubliée du Commencement.

 

Traduit de l’espagnol par Frédéric Magne

Editions Gallimard (La Pléiade), 2008

 

Du même auteur :  

Pierres de soleil / Piedra de sol (17/02/2016)

Hymne parmi les ruines / Himno entre ruinas (10/02/2017)

Source (10/02/2018)

La fille et le printemps / Primavera y muchacha (10/02/2019)

Elégie ininterrompue / Elegía interrumpida (10/02/2020) 

 

Antes del Comienzo

 


Ruidos confusos, claridad incierta.

Otro día comienza.

Es un cuarto en penumbra

y dos cuerpos tendidos.

En mi frente me pierdo

por un llano sin nadie.

Ya las horas afilan sus navajas.

Pero a mi lado tú respiras;

entrañable y remota

fluyes y no te mueves.

Inaccesible si te pienso,

con los ojos te palpo,

te miro con las manos.

Los sueños nos separan

y la sangre nos junta:

somos un río de latidos.  

Bajo tus párpados madura

la semilla del sol.

El mundo

no es real todavía,

el tiempo duda:

solo es cierto

el calor de tu piel.

En tu respiración escucho

la marea del ser,

la sílaba olvidada del Comienzo.

 

Arbol adentro

Ediciones Seix Barral, Barcelona, 1987

Poème précédent en espagnol :

Jorge Luis Borges : Art poétique / Arte poética (08/11/2014)

Poème suivant en espagnol :

Jaime Sabines : « ce n’est qu’en rêve... / sólo en sueños … » (17/04/2015)