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Dei otiosi

 

C'est le temps maintenant de la chute des dieux.

Dans les villes partout s'abattent les statues.

Quelque part une foule enragée en criant

Les abat, les traîne quelque part dans la nuit

Comme on le fait avec les morts en temps de peste.

Aucune statue ne va rester.

Si vous vous promenez, il faut y prendre garde,

Il pourrait bien en choir une sur votre tête.

L'histoire ressemble à un dépot d'ordures

Où viennent s'entasser des têtes en bronze.

On constate après coup

Qu'elles étaient creuses.

Ne nous berçons pas d'illusions.

Le ciel ne restera pas vide

Ni les places sans statues.

Il y a quelqu'un qui invente en silence déjà

Un usage nouveau pour d'anciens piédestaux.

 

Traduit du macédonien par Jeanne Angélowski et Jacques Gaucheron

Revue « Europe », Mars 1993