francais-ponge[1]

 
 L'huître
      L'huître, de la grosseur d'un galet moyen, est d'une apparence plus rugueuse,
d'une couleur moins unie, brillamment blanchâtre. C'est un monde opiniâtrement
clos. Pourtant on peut l'ouvrir : il faut alors la tenir au creux d'un torchon, se
servir d'un couteau ébréché et peu franc, s'y reprendre à plusieurs fois. Les doigts
curieux s'y coupent, s'y cassent les ongles : c'est un travail grossier. Les coups
qu'on lui porte marquent son enveloppe de ronds blancs, d'une sorte de halos.
 
    A l'intérieur l'on trouve tout un monde, à boire et à manger : sous un firmament
(à proprement parler) de nacre, les cieux d'en dessus s'affaissent sur les cieux
d'en dessous, pour ne plus former qu'une mare, un sachet visqueux et verdâtre,
qui flue et reflue à l'odeur et à la vue, frangé d'une dentelle noirâtre sur les bords.   
     Parfois très rare une formule perle à leur gosier de nacre, d'où l'on trouve
aussitôt à s'orner.

 

Le parti pris des choses,

Editions Gallimard, 1942

 

Du même auteur :

Le cageot (06/06/2015)

Le savon (06/06/2016))

La terre (05/06/2017)

La figue (06/06/2018)

L’Ardoise (06/06/2019