21 octobre 2016

Albert Samain (1858 -1900) : « Je rêve de vers doux… »

  Je rêve de vers doux et d'intimes ramages, De vers à frôler l'âme ainsi que des plumages, De vers blonds où le sens fluide se délie Comme sous l'eau la chevelure d'Ophélie, De vers silencieux, et sans rythme et sans trame Où la rime sans bruit glisse comme une rame, De vers d'une ancienne étoffe, exténuée, Impalpable comme le son et la nuée, De vers de soir d'automne ensorcelant les heures Au rite féminin des syllabes mineures. De vers de soirs d'amour énervés de verveine, Où l'âme sente, exquise, une caresse à... [Lire la suite]
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20 octobre 2016

Jacques Depreux (1928 - ?) : Questions

  Questions   Interroger la mer, la nuit, le vent, le roc et ne trouver que soi dans le miroir des heures.   Où est le feu des choses, le feu caché du jour et de la mer (de tout ce qui ne fait pas d’ombre) ? Où est le feu de la lumière aveugle qui me pousse et me précède ?   Que savons-nous du jeu des ombres alternées nous qui voguons sur la cendre des choses ?   « Le feu qui te refuse est un feu trop obscur et l’ombre qui le hante une arme trop certaine. Renonce et... [Lire la suite]
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18 octobre 2016

François Villon (1431 – 1463) : Le testament (I à XLI)

  Le testament (I à XLI) 1 En l'an trentième de mon âge Que toutes mes hontes j'eus bues, Ne du tout fol, ne du tout sage, Non obstant maintes peines eues, Lesquelles j'ai toutes reçues Sous la main Thibaut d'Aussigny... S'evêque il est, seignant (*) les rues,                       *bénissant Qu'il soit le mien je le regny! 2 Mon seigneur n'est ne mon evêque; Sous lui ne tiens, s'il n'est en... [Lire la suite]
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17 octobre 2016

Jacques Lovichi (1937 - 2018) : Le combat avec l'ange

Le combat avec l'ange Pourquoi demandes-tu mon nom? Genèse, ch.32, verset 29.   à Jean Joubert   1 . Matière car tu n'es rien d'autre que matière point ne l'emporteras sur l'immuable moi   2. Nuit obscure du sang nuit de tous les prodiges ô nuit de silence et de mort   il sera          là debout pour combattre l'informe   3. Car tu n’es pas l’esprit tu es matière brute à laquelle appartient ce corps périssable et fourbu mais à jamais rebelle   ... [Lire la suite]
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16 octobre 2016

Georges Perros (1923 – 1978) : « Mon coeur bredouille… »

  Mon cœur bredouille en ma poitrine Comme une vieille horloge. Où est Le clair tic-tac sonnant matines Des premiers échos ? De ton lait   O tendresse ma très humaine, Allons, me suis-je assez gavé ? Sans doute est-il temps que je freine Ma vorace perversité.   Car il est mauvais de s’étendre Sur ton corps au sable mouvant, Belle existence, cher néant.   Tu n’auras de moi que la cendre. Hélas, comme note saigneux, J’aurais voulu te donner mieux.   Huit poèmes Alfred Eibel... [Lire la suite]
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15 octobre 2016

André Gaillard (1898 - 1929) : Sans nom

  Sans nom   L’aventure et la délivrance Ont perdu ma raison La raison d’être seul.   Un prisonnier n’en croit pas son amour Fin des croyances fin des erreurs Il est temps de ne plus dormir.   * La bouche et les yeux de la révolte La grande convulsion Mes poings pour un baiser Mes dents pour un sourire   Puis la tendresse s’est penchée coquine à fleurs et à feuillages Je ne m’en serais jamais douté Quel sourire quel pâle sourire Sa bouche efface tous les serments de liberté !  ... [Lire la suite]
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13 octobre 2016

Bernard Delvaille (1931 – 2006) : Amsterdam – Rembrandtsplein

  Amsterdam – Rembrandtsplein   Je mourrai sous le ciel de l’aube tel un enfant sans cœur dans les reflets froids du matin ô solitude sans un cri sans une larme d’autrui à l’heure où les dahlias se fanent abandonné des oiseaux Je mourrai sur mon lit défait en noir et blanc dans l’appel des bateaux du rêve comme j’ai vécu avide et las triste et blessé coupable n’ayant pas su prolonger dans l’eau l’ombre d’un étoile ô solitude Je mourrai dans l’odeur des lilas à l’instant du dernier blues dans les... [Lire la suite]
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12 octobre 2016

Dominique Sampiero (1954 - ) : « La main, en écrivant… »

  Mains nues   10    La main, en écrivant, touche le monde, l’incendie, retrouve chaque souvenir. Les ombres accourent, les contours retentissent de soies rugueuses, d’appels. Et ce qui chante se lève, réchauffe les parois.    Il y a la main des fruits, pommes, citrons, framboises, celle délicate qui soupèse, hume, et s’approche de l’énigme, se glisse dans le ruisseau des saveurs, accueille le pubis d’une pêche comme une joue d’enfant parce que la neige est déjà dans l’épluchure, une immensité... [Lire la suite]
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08 octobre 2016

Anna-Elisabeth de Noailles (1876 - 1933) : « T'aimer… »

  T'aimer. Et quand le jour timide va renaître, Entendre, en s'éveillant, derrière les fenêtres, Les doux cris jaillissants, dispersés, des oiseaux, Éclater et glisser sur la brise champêtre Comme des grains légers de grenades sur l'eau... - T'espérer ! Et sentir que le golfe halète En bleuâtres soupirs vers le ciel libre et clair ; Et voir l'eucalyptus, dans la liqueur de l'air, Agiter son feuillage ainsi que des ablettes ! - Voir la fête éblouie et profonde des cieux Recommencer, et luire ainsi qu'au... [Lire la suite]
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06 octobre 2016

Michel Houellebecq (1958 - ) : « Mon corps est comme un sac… »

  Mon corps est comme un sac traversé de fils rouges Il fait noir dans la chambre, mon œil luit faiblement, J’ai peur de me lever, au fond de moi je sens Quelque chose de mou, de méchant, et qui bouge.   Cela fait des années que je hais cette viande Qui recouvre mes os. La couche adipeuse, Sensible à la douleur, légèrement spongieuse. Un peu plus bas il y a un organe qui bande.   Je te hais, Jésus-Christ, qui m’a donné un corps Les amitiés s’effacent, tout s’enfuit, tout va vite, Les années glissent et... [Lire la suite]
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