Gaston_Miron[1]

 

Pour retrouver le monde et l’amour

 

 

Nous partirons de nuit pour l'aube des mystères

et tu ne verras plus les maisons et les terres

et ne sachant plus rien des anciennes rancoeurs

des détresses d'hier, des jungles de la peur

tu sauras en chemin tout ce que je te donne

tu seras comme moi celle qui s'abandonne



nous passerons très haut par-dessus les clameurs

et tu ne vivras plus de perfides rumeurs

or loin des profiteurs, des lieux de pestilence

tu entendras parler les mages du silence

alors tu connaîtras la musique à tes pas

et te revêtiront les neiges des sagas



nous ne serons pas seuls à faire le voyage

d'autres nous croiseront parmi les paysages

comme nous, invités de ce jour qui naîtra

nous devons les chérir d'un amour jamais las

eux aussi, révoltés, vivant dans les savanes

répondront à l'appel secret des caravanes



après le temps passé dans l'étrange et l'austère

on nous accueillera les bras dans la lumière

l'espace ayant livré des paumes du sommeil

la place des matins que nourrit le soleil

ô monde insoupçonné, uni, sans dissidence

te faisant échapper des cris d'incontinence



nouvelle-née, amour, nous n'aurons pas trahi

nous aurons retrouvé les rites d'aujourd'hui

le bonheur à l'affût dans les jours inventaires

notre maison paisible et les toits de nos frères

le passé, le présent, qui ne se voudront plus

les ennemis dressés que nous avons connus

 

L’homme rapaillé,

Editions Typo, Montréal,1998

Du même auteur :

La marche à l’amour (30/08/2014)

Les siècles de l’hiver (30/08/2015)

Monologues de l'aliénation délirante (30/08/2016)

Ma femme sans fin (07/08/2018)

Poème de séparation 1, 2 (30/01/2021)