gaston_miron[1]Photo : Jean-Paul Stercq

 

Poème de séparation 1

 

Comme aujourd'hui quand me quitte cette fille

chaque fois j’ai saigné dur à n’en pas tarir

par les sources et les noeuds qui s’enchevêtrent

je ne suis plus qu’un homme descendu à sa boue

chagrins et pluies couronnent ma tête hagarde

et tandis que l’oiseau s’émiette dans la pierre

les fleurs avancées du monde agonisent de froid

et le fleuve remonte seul debout dans ses vents

 

je me creusais un sillon aux larges épaules

au bout son visage montait comme l’horizon

maintenant je suis pioché d’un mal d’épieu

christ pareil à tous les christs de par le monde

couchés dans les rafales lucides de leur amour

qui seul amour change la face de l’homme

qui seul amour prend hauteur d’éternité

sur la mort blanche des destins bien en cible

 

je t’aime et je n’ai plus que les lèvres

pour te le dire dans mon ramas de ténèbres

le reste est mon corps igné ma douleur cymbale

nuit basalte de mon sang et mon coeur derrick

je cahote dans mes veines de carcasse et de boucane

 

la souffrance a les yeux vides du fer-blanc

elle rave en dessous feu de terre noire

la souffrance la pas belle qui déforme

est dans l’âme un essaim de la mort de l’âme

Ma Rose Stellaire Rose Bouée Rose Ma Rose Éternité

ma caille de tendresse mon allant d’espérance

mon premier amour aux seins de pommiers en fleurs

dans la chaleur de midi violente

 

Poème de séparation 2

 

Tu fus quelques nuits d’amour en mes bras

et beaucoup de vertige, beaucoup d’insurrection

même après tant d’années de mer entre nous

à chaque aube il est dur de ne plus t’aimer

 

parfois dans la foule surgit l’éclair d’un visage

blanc comme fut naguère le tien dans ma tourmente

autour de moi l’air est plein de trous bourdonnant

peut-être qu’ailleurs passent sur ta chair désolée

pareillement des éboulis de bruits vides

et fleurissent les mêmes brûlures éblouissantes

 

si j’ai ma part d’incohérence, il n’empêche

que par moments ton absence fait rage

qu’à travers cette absence je me désoleille

par mauvaise affliction et sale vue malade

j’ai un corps en mottes de braise où griffe

un mal fluide de glace vive en ma substance

 

ces temps difficiles malmènent nos consciences

et le monde file un mauvais coton, et moi

tel le bec du pivert sur l’écorce des arbres

de déraison en désespoir mon coeur s’acharne

et comme, mitraillette, il martèle

ta lumière n’a pas fini de m’atteindre

ce jour-là, ma nouvellement oubliée

je reprendrai haut bord et destin de poursuivre

en une femme aimée pour elle à cause de toi

 

L’homme rapaillé,

Editions Typo, Montréal,1998

Du même auteur :

La marche à l’amour (30/08/2014) 

Les siècles de l’hiver (30/08/2015)

Monologues de l'aliénation délirante (30/08/2016)

Ma femme sans fin (07/08/2018)