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Ma femme sans fin

 

                                                                                                                Je parle à celui que peu d’entre vous

connaissent et qui m’a trouvée jusqu’ici

                                                                                                  je parle à celui qui m’égare, me perd me perd et me

ramène souvent jusqu’à lui.

Sandrine B.

 

Je ne sais pas qui tu es, mais tes pas

sont dans mon âme, comme un sonar,

parfois tu me trouves et parfois tu me perds.

Il m’arrive à moi aussi de te chercher

quand tu es belle partout dans mes bras

lorsque - plus lointaine que les yeux

qui regardent sans voir, noyés

dans trop de choses qui arrivent –

je te sens plus proche

que l’intérieur chaud de mon corps.

 

N’y penses pas trop si quelques années

j’ai cru sans fin que c’était toi, elle allait

et venait dans ma vie comme si c’était toi.

- Il y eut les enfants, les amis les poèmes

et nous avons fait l’amour

ô absolue nudité sur l’herbe, jusque

sous les branches. – Avec elle je t’ai apprise

et je l’ai aimée encore et souvent.

Comme si c’était toi, car c’était toi

devenue aussi présente que mon regard.

 

Maintenant je sais qui tu es, tu déplies

l’éternité pour y marcher dedans

parfois à distance et parfois dans nos lèvres.

Je sais que tu m’as tant, et tant attendu

lorsque – dans mes longs jours noirs, dans

ma nuit des sens,

aveuglé par l’affairement du siècle, sourd

par le bourdonnement de l’inessentiel –

tu me signais de ta confiance

dans cette vie à jamais et vers l’au-delà.

 

Femme sans fin

Revue « Possibles », Montréal (Canada), 1980

Du même auteur :

La marche à l’amour (30/08/2014) 

Les siècles de l’hiver (30/08/2015)

Monologues de l'aliénation délirante (30/08/2016)