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Pour le peintre Alejandro Vargas

 

Vois

la fugacité sylvestre.

Ses ramages en transit

vers un espace invisible.

                              Perçois

une musique à la fois inaudible (tu sais

que dans le silence la musique demeure)

et tu la résous

en pigments traversés par la lumière.

                              Par une autre lumière peut-être.

 

Tu es translucide dans la sensualité terrestre.

Tu méprises l’opacité du basalte et tu aimes la vibration

que laissent dans l’air

les oiseaux de passage.

                              Tu retiens

des particules tombées d’une éternelle existence

ou d’un éternelle

inexistence,

                              c’est

indifférent,

pour entrer dans tes vallées, dans l’univers infime

d’une fleur

                              ou pour mettre à nu des lointains

territoires bouillonnants.

 

Pourrais-tu avec les mêmes

pulsations vivantes

carboniser enfin les froides braises de ton cœur ? Ou du mien,

 

indifférent.

 

Non ; ne le fais pas. Restaure chaque jour

ton pacte lumineux avec la mort.

 

Traduit de l’espagnol par Alejandro Vargas,

avec l’aide d’Yvon Le Men

in, « Il fait un temps de poème. Volume 2

Textes rassemblés et présentés par Yvon Le Men » 

Filigranes Editions, 22140 Trézélan, 2013

Du même auteur : « Je sais que l’unique chant… » (04/12/2016)