poesie[1]

 

« Et ne sachant pas vivre »

 

EN SORTANT D’UN HOTEL

 

j’ai froid J’ai peur  Et ne sais plus prier

Autour de moi j’envie ces familles

Qui achètent des gâteaux

avec un joli nœud Le dimanche matin -

 

I

 

AU PETIT MATIN

 

On n’en guérissait pas des blessures anciennes

des plaies qui se rouvraient

sous les mains des petites

Tu es triste pourquoi es-tu si triste ?

et le jour s’annonçait sur notre désarroi

sur notre solitude

On se levait On se lavait

on pensait à sa vie dérisoire

à toutes nous demandions d’être un instant notre mère

de nous serrer

de chanter pour nous endormir

d’avoir un peu de pitié

et de nous abriter dans leur ventre

On avait du mal à se parer des coups

du souvenir, des aubes banales

où chacun repart, où l’on refait le lit

Nous voici moite Nous voici las

les larmes au bord des yeux

mais elles enferment leurs seins dans leurs cages blanches

et nous confient les clés

Elles ouvrent le transistor

et se refont les yeux – leurs fesses tiendraient dans un mouchoir –

puis on remonte la fermeture de leur robe

on leur dit que ce n’est pas cela la vie

qu’il y a autre chose

mais qu’on nous l’a volé

Alors pour nous faire taire

elles nous bâillonnent avec leurs lèvres moins nues

     pourtant que la non espérance -

 

II

 

Je n’eus pas même le temps de désirer ses jambes qu’elles galopaient déjà sous ma bouche

tandis qu’elle gémissait, la bave du plaisir aux naseaux Quatre jours nous fûmes unis

comme le cavalier à sa chevale m’arrêtant le temps de la faire boire, changeant d’hôtel

comme de harnachement, lui essuyant les flancs Nous courûmes les routes la fièvre nous

précédait et réchauffait le lit Le dernier soir j’avais brisé toute la porcelaine de sa vie.

Toutes ses statuettes Tous ses cristaux Mon dieu je revins un peu plus meurtri. Ce dont les

autres cavaliers se vantent me déchire –

 

III

 

Elle est un peu folle. Je retrouve ses culottes dans mes livres le sceau de sa bouche marque

mon oreiller, mais ses robes et ses pulls, fleurs d’un été souverain, ravagent le pré tranquille

de l’appartement qui dérive. Encore une que j’appelle par ton nom. Je fais l’amour avec toi

par hanches, lèvres, coudes et cuisses interposés. Le sait-elle ? Comment le saurait-elle ? Elle

n’aime pas ce que nous aimons et me laisse jouer au libertin moi qui le suis si peu (mes

blessures, heureusement, sont invisibles d’elle). Toi tu les connais. Tu les ranimes. L’amour

meurtri balaie pourtant Judith aux yeux baissés -

 

IV

 

nous nous souvenons des étés

nous savons les décrire

parfois même des vêtements de femmes

nous brûlent encore les yeux

comme ils le firent déjà sur les plages

dans de modestes chambres

tous rideaux tirés

avant la grande solitude du corps à corps

et ce froid du désir foudroyé

sournoises et fulgurantes prémices de notre mort –

 

.................................................................

 

 

L’apprenti foudroyé

P.J. Oswald éditeur, 1969

Du même auteur :

 la tête contre la vitre… » (26/02/2016) 

 « Ainsi nous portons tous… » (26/02/2017) 

« Le marcheur d’eau… » (26/02/2018)

Cantos (07/09/2019)