maurice-henry-paris-milan-voyage-den-surrealiste-parigi-milano-[1]

 

Ce que tu voudras.

 

     Ce que tu voudras. Elle a, la nuit, des culottes de ciseaux et dans la bouche,

entre les dents et la langue, le gant des grands oiseaux qui s’obstinent à vouloir

mourir. Je ferai ce que tu voudras. La tête au front lisse, avec cette insaisissable

étoffe, est-ce velours ou soie, et de quelle couleur, dans laquelle s’enfonce les

doigts, contre laquelle crissent les ongles – l’horizon se déchire -  et que depuis

l’enfance elle caresse sur l’oreiller de roche spongieuse, parce qu’une fois les

yeux fermés elle fait l’amour, le rideau retombe. Je te donnerai ce que tu

voudras. A portée de sa main, le vent, il ternit les dents par bouffées comme

sur le nickel l’haleine, et sa chevelure secoue ses feuilles et ses fleurs sur la

petite place déserte, à l’heure où tout le monde dîne, et où les enfants jettent

leurs dernières billes dans la rainure du caniveau. L’aquarium tant que tu

voudras. Sur son lit blanc, la neige devient plus brillante, les fenêtres battent,

une longue clameur sourd des crevasses où les nuages attardés s’accrochent

aux porte-manteaux, les miroirs de l’antichambre se brisent parce qu’on allume

soudain l’électricité, son départ chaque fois fait fondre les immeubles et le

niveau de la Seine monte un peu plus vite ; puis la course échevelée tremblante,

on ne voit plus rien que les traces de lèvres sur les journaux perdus au bord des

trottoirs.

 

In, revue « Le surréalisme au service de la révolution, N° 5, 1931 »

Librairie José Corti, 1933

Du même auteur :

« Il n'y a plus rien ici-bas… » (02/07/2014)

Tu passes (19/08/2015)