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     Lui, réveille ses eaux profondes. Elle, ses seins galbés comme une jarre,

en leur extrémité bourgeonnent. L’humidité excitante des lèvres de Krishna

distille le désir dans tous ses membres. Elle, ses cheveux comme des lianes

l’attachent à son corps.

 

     La jouissance fait osciller son visage. Les pendants de ses oreilles, comme

des balanciers contre ses joues, marquent le temps-amour. Et les grelots de sa

ceinture tintent, ensorcelante musique.

     De partout son duvet se hérisse sous les caresses profondes. A travers ses

soupirs et dans ses yeux mi-clos le plaisir fait son chemin.

 

     Les gouttent de sueur sur son corps l’habillent d’un maillot de perles.

Ailleurs, elle est mouillée aussi, eau de cristal et rare.

 

Ces amours de Krishna, chantées par Jayadeva,

puissent-elles mettre fin aux erreurs de l’âge de Kali.

 

     Avec du musc, il trace un Signe sur les parfaits sourcils d’un trop beau

visage. Pour contempler son œuvre, il fait une pause tandis que des lèvres

pressent les siennes, y puisant le désir.

 

     Entre le couple de ses seins nus, coupes du firmament, les perles de son

collier évoquent le Zodiaque. Cependant la Voie lactée, c’est la sève même de

Krishna qui la dessine.

 

     Il joue avec ses bras lisses, tiges de lotus dont les fleurs sont les mains. Il

fait alors l’abeille et de sa langue pointue, un à un, il écarte l’obstacle des

doigts, pétales fragiles. Au centre des paumes il mange le miel.

     Il s’en prend à ses hanches souples, à ses reins amples et cambrés, à ses

cuisses généreuses. S’il triomphe c’est qu’il l’a enchaînée d’une ceinture de

joyaux.

     S’il farde ses pieds de laque, avec un fin pinceau il en chatouille la plante.

En riant elle demande grâce, n’en pouvant plu. Alors il baise ses ongles de

gemme pure. Le torse renversé il lui dit : « Viens, piétine-moi le cœur. »

 

     Durant qu’il aime ainsi, sait-il qu’il me brise le cœur et que mon sang se

répand sans retour. Ô Krsihna, je ne saurais demeurer plus longtemps sous ces

branches, sans goût, le désir tué en moi.

 

C’est Jayadeva, prince des poètes, ceci dit sans orgueil,

qui chante, lui qui reste attentif aux mérites de Krishna

 

     Celle qui reçoit Krishna sans réserve, elle seule, mon amie, connaît la joie.

Car le porteur de guirlandes avec ses mains et ses pieds comme des fleurs sous-

marines lui caresse le ventre. Comme l’éclair de son lingam la foudroie et il

l’inonde d’une averse fertile.

 

     Celle qui reçoit Krishna sans réserve, dans son yoni, fleur de lotus qui éclate

de soleils, reçoit la joie décisive.

 

Traduit du sanskrit par François di Dio, Parvati Gosh et Nicole Menant

In, Jayadeva : « Gîta-Govinda »

Editions Emile-Paul, 1957