Montale[1]

 

Bateaux sur la Marne

 

Bonheur du liège abandonné au flot

Du courant

Qui se détrempe autour de ces ponts renversés

Et de la pâle pleine lune par le soleil :

Bateaux sur la rivière, argiles dans l’été

Et là un croupissant murmure de cités.

Suis de rames le pré si tu vois le chasseur

De papillons venir porteur de son filet,

La tremblaie sur la muraille où c’est un sang

De dragon qui se redit dans le cinabre.

 

Voix sur le fleuve et vous éclats des rives

Ou rythmique scandement de la pirogue

A l’heure qui s’écoule vespérale

Parmi les feuilles des noyers,

Mais où est des saisons la procession lente

Qui fut une aube infinie et sans routes,

Où est la longue attente et quel sera le nom

Du vide qui nous envahit ?

 

Le songe le voici :

Un vaste interminable jour et qui refond

Entre les berges immobiles, sa lueur

Et à chaque tournant le bon labeur de l’homme,

Le lendemain voilé qui ne fait point horreur.

Et autre encore était le songe, et son reflet

Solide sur les eaux en fuite et sous le gîte

De la penduline en l’air inaccessible,

C’était le très grand silence dans le cri

Unanime dans l’après-midi et un matin

Plus long devenu soir et un très grand ferment

Devenu grand repos.

                                  Et ici... la couleur

Qui résiste est d’un rat sauteur parmi les joncs

Où dans l’arrosement du métal venimeux

L’étourneau aux fumées des rives.

                                                         Un autre jour,

Disais-tu – ou que disais-tu ? Vers quelle course

Va cette bouche pullulante et qui jaillit

Unique ?

               C’est le soir. Maintenant nous pouvons

Descendre jusqu’à l’heure où s’allumera l’Ourse.

 

Traduit de l’italien par Pierre Jean Jouve

In, «Eugenio Montale, tradotto da Pierre Jean Jouve »

Scheiwiller-All'insegna del pesce d'oro, Milano, 1964

Du même auteur :

« A midi faire halte …/ « Merrigiare pallido… » (10/05/2016)

La bourrasque / La bufera (14/08/2019)

 

Barche sulla Marna 

 

Felicità del sùghero abbandonato

alla corrente

che stempra attorno i ponti rovesciati

e il plenilunio pallido nel sole:

barche sul fiume, agili nell’estate

e un murmure stagnante di città.

Segui coi remi il prato se il cacciatore

di farfalle vi giunge con la sua rete,

l’alberaia sul muro dove il sangue

del drago si ripete nel cinabro.

 

Voci sul fiume, scoppi dalle rive,

o ritmico scandire di piroghe

nel vespero che cola

tra le chiome dei noci, ma dov’è

la lenta processione di stagioni

che fu un’alba infinita e senza strade,

dov’è la lunga attesa e qual è il nome

del vuoto che ci invade.

 

Il sogno è questo: un vasto,

interminato giorno che rifonde

tra gli argini, quasi immobile, il suo bagliore

e ad ogni svolta il buon lavoro dell’uomo,

il domani velato che non fa orrore.

E altro ancora era il sogno, ma il suo riflesso

fermo sull’acqua in fuga, sotto il nido

del pendolino, aereo e inaccessibile

era silenzio altissimo nel grido

concorde del meriggio ed un mattino

più lungo era la sera, il gran fermento

era grande riposo. 

 

Qui... il colore

che resiste è del topo che ha saltato

tra i giunchi o col suo spruzzo di metallo

velenoso, lo storno che sparisce

tra i fumi della riva.

Un altro giorno,

ripeti – o che ripeti? E dove porta

questa bocca che brùlica in un getto

solo?

La sera è questa. Ora possiamo

scendere fino a che s’accenda l’Orsa

 

Poème précédent en italien :

Guido delle Colonne : « Amour, qui si longuement m’as mené... » / « Amor, che lungiamente m’hai menato... » (28/07/2020)

Poème suivant en italien :

Dino Campana : Bâtiment en voyage / Bastimento in viaggio (20/08/2020)