eugenio-montale-1956[1]Eugenio Montale dans son atelier de Milan, le 17 juillet 1956. / Archivio Farabola - ArchiviFarabola

 

Quatre poèmes

 

LA C O N JEC TU R E

 

La conjecture selon laquelle le monde

serait une farce ne résout pas,

elle non plus, le puzzle fondamental.

Si l’on veut mon opinion,

l’illusion est la seule échappatoire,

car tout jour de vie

franchit la limite qu’il pose.

 

A FORTE DEI MARMI*

 

U n grand parasol d’ombres

qui, tantôt rondes, tantôt oblongues,

décident du midi ou de la tombée de la nuit.

Soirs et couchants roses, dans cet

inhabituel salon où j’ai vu

défiler tes amies. Paola,

la brune aux yeux d’émeraude,

viendra-t-elle encore?

 

* Station balnéaire toscane (N.d.T.).

.

L’ EMBOUCHURE

 

Non, ne t’éloigne pas

mon guerrier.

Le parcours est long

qui mène à l’embouchure,

le vent furieux

secoue les vieilles ramées.

Et sous chaque souffle glacé,

tremblent les feuillages.

Parfois, dans le silence, je redoute

que ne survienne le loup-garou

et qu’il ne balaie toute hésitation.

Mais dans l’attente la crainte

qui m ’est davantage familière

s’atténue...

 

LE CLO U

 

Certes, les Parques ont filé

l’étaim et enroulent

les câbles de nos vies.

Mais des confins du fini

et de l’infini, de l’espace

qui nous sépare du gouffre,

nous ne savons rien.

Nous sommes dans une enveloppe,

serrés jusqu’au cou,

et rien ne revient sinon, peut-être,

le souvenir. Le clou

n ’est pas ici-bas — dis-tu —

c’est la suite du temps, l’éternel,

c’est la métamorphose, non la métempsycose.

Ratio ultima rerum... id est deus.

Et c’est ainsi que ton discours

craintif et ardent en un clin d ’œil

me changea d ’athée en croyant.

 

Traduit de l’italien par Philippe Di Meo

In, Revue Po&sie, N°60

Belin éditeur, 1989

Du même auteur :

« A midi faire halte …/ « Merrigiare pallido… » (10/05/2016)

La bourrasque / La bufera (14/08/2019)

Bateaux sur la Marne / Bache sulla Marna (14/08/2020)

Correspondances (08/02/2021)

« elle traversait pieds nus... » (13/08/2021)

« Ne t’abrite pas à l’ombre... » / « Non rifugiarti nell'ombra... »  08/02/2022)

Midi / « Gloria del disteso mezzogiorno... » (14/08/2022)

 Côtes de Ligurie... » / « Riviere... » (08/02/2023)

« Ne nous demande pas le verbe... » / « Non chiederci la parola... » (13/08/2023)

 

 

 

LA CONGETTURA

 La congettura che il mondo 

sia una burla, anch’essa 

non risolve il puzzle fondamentale.

Se vuoi la mia opinione/

l’unica via d ’uscita è l’illusione, 

perché ogni giorno la vita

supera il limiteche pone.

 

AL FORTE

Un grande ombrello d’ombre

che or rotonde or oblunghe

decidono il mezzogiorno o rim brunire.

Sere e tramonti rosa, in questo

inusuale salotto, dove ho visto

sfilare le tue amiche. Paola

la bruna dagli ochhi smeraldo

verrà ancora?

 

LA FOCE :

No non t’allontanare

mio guerriero.

Lungo il percoso

che conduce alla foce

il vento furioso

scuote i vecchi rami.

E a ogni soffio di gelo

tremano i fogliami.

A volte, pavento nel silenzio

chearrivi la mannara

e tronchi ogni esitare. 

Ma s’attenua il timore

nell’attesa...

che mi è più familiare.

IL CLOU

Certo che le Parche han filato 

lo stame e addugliano 

i cavi delle nostre vite.

Ma dei confinitra finito

e infinito, e dello spazio

che ci separa dal baratro,

/ non ne sappiamo niente.

Siamo dentroun involucro

serrati fino al collo

 e nulla torna, se non forse

il ricordo. Il clou

non è quaggiù — tudicci —

è il prosieguo, l’eterno,

v’è metamorfosi non metempsicosi.

Ratio ultima rerum... id est deus.

E fu così che il tuo parlare

timoroso e ardente, mi rese

in breve da atea credente.

 

Fondation Schlesinger

Poème précédent en italien :

Dino Campana : Femme génoise / Donna genovese (01/02/2024)