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XI

Cette dame à un piano

qui est agréable mais qui n’est pas le cours des fleuves

ni le murmure que font les arbres...

 

Pourquoi faut-il qu’on ait un piano ?

Le mieux est qu’on ait des oreilles

et qu’on aime la Nature.

 

XII

Les bergers de Virgile jouaient du chalumeau et d’autres instruments

et chantaient d’amour littérairement.

(Ensuite – moi je n’ai jamais lu Virgile

et pourquoi donc l’aurais-je lu ?)

 

Mais les bergers de Virgile, les pauvres, sont Virgile,

et la Nature est aussi belle que l’ancienne.

 

XIII

          Léger, léger, très léger

          un vent très léger passe 

          et s’en va, toujours très léger ;

          je ne sais, moi, ce que je pense

          ni ne cherche à le savoir.

XIV

Peu m’importent les rimes. Rarement

il est deux arbres semblables, l’un auprès de l’autre.

Je pense et j’écris ainsi que les fleurs ont une couleur

mais avec moins de perfection dans ma façon de m’exprimer

parce qu’il me manque la simplicité divine

d’être en entier l’extérieur de moi-même et rien de plus.

 

Je regarde et je m’émeus.

Je m’émeus ainsi que l’eau coule lorsque le sol est en pente.

Et ma poésie est naturelle comme le lever du vent.

 

XV

Les quatre chansons qui suivent

s’écartent de tout ce que je pense,

elles mentent à tout ce que j‘éprouve,

elles sont à l’opposé de ce que je suis...

 

Je les ai écrites alors que j’étais malade

et c’est pourquoi elles sont naturelles

et s’accordent à ce que j’éprouve,

elles s’accordent à ce avec quoi elles sont en désaccord...

 

Etant malade je dois penser l’inverse

de ce que je pense lorsque je suis bien portant

(sinon je ne serais pas malade),

je dois éprouver le contraire de ce que j’éprouve

lorsque je jouis de la santé,

je dois mentir à ma nature

d’être humain qui éprouve de certaine façon...

Je dois être tout entier malade – idées et tout.

Quand je suis malade, je ne suis pas malade pour autre chose.

 

C’est pourquoi ces chansons qui me désavouent

n’ont pas le pouvoir de me désavouer,

et elles sont le paysage de mon âme nocturne,

la même à l’envers...

 

XVI

Que ma vie n’est-elle un char à bœufs

d’aventure geignant sur la route, de grand matin,

et qui à son point de départ retourne

entre chien et loup par le même chemin...

 

Je n’aurai pas besoin d’espérances – de roues seules j’aurai besoin...

Ma vieillesse n’aurait ni rides ni cheveux blancs...

Lorsque je serais hors d’usage, on m’enlèverait les roues

et je resterais, renversé et mis en pièces au fond d’un ravin ;

 

XVII

Dans mon assiette quel mélange de Nature !

Mes sœurs les plantes,

les compagnes des sources, les saintes

que nul ne prie...

 

On les coupe et les voici sur notre table

et dans les hôtels les clients au verbe haut

qui arrivent avec des courroies et des plaids

demandent « de la salade » négligemment...

sans penser qu’ils exigent de la Terre-Mère

sa fraîcheur et ses prémices,

les premières paroles vertes qu’elle profère,

les premières choses vives et frisées

que vit Noé

lorsque les eaux baissèrent et que la cime des monts

surgit verte et détrempée

et que dans l’air où apparut la colombe

s’inscrivit l’arc-en-ciel en dégradé...

 

XVIII

Que ne suis-je la poussière du chemin,

les pauvres me foulant sous leurs pieds...

 

Que ne suis-je les fleuves qui coulent,

avec les lavandières sur ma berge...

 

Que ne suis-je les saules au bord du fleuve,

n’ayant que le ciel sur ma tête et l’eau à mes pieds...

 

Que ne suis-je l’âme du meunier,

lequel me battrait tout en ayant pour moi de l’affection...

 

Plutôt cela plutôt qu’être celui qui traverse l’existence

en regardant derrière soi et la peine au cœur...

 

XIX

Le clair de lune, lorsqu’il frappe le gazon,

je ne sais ce qu’il me rappelle...

Il me rappelle la voix de la vieille servante

qui me disait des contes de fées.

Et comment Notre Dame en robe de mendiante

allait la nuit sur les chemins

au secours des enfants mal traités.

 

Si je ne puis plus croire que tout cela soit vrai,

pourquoi le clair de lune frappe-t-il le gazon ?

 

XX

Le Tage est plus beau que la rivière qui traverse mon village,

mais le Tage n’est pas plus beau que la rivière qui traverse mon village,

parce que le Tage n’est pas la rivière qui traverse mon village.

 

Le Tage porte de grands navires

et à ce jour il y navigue encore,

pour ceux qui voient partout ce qui n’y est pas,

le souvenir des nefs anciennes.

 

Le Tage descend d’Espagne

et le Tage se jette dans la mer au Portugal.

Tout le monde sait çà.

Mais bien peu savent quelle est la rivière de mon village

et où elle va

et d’où elle vient.

Et par là même, parce qu’elle appartient à moins de monde,

elle est plus libre et plus grande, la rivière de mon village.

 

Par le Tage on va vers le Monde.

Au-delà du Tage il y a l’Amérique

et la fortune pour ceux qui la trouvent.

Nul n’a jamais pensé à ce qui pouvait bien exister

au-delà de la rivière de mon village.

 

La rivière de mon village ne fait penser à rien.

Celui qui se trouve auprès d’elle est auprès d’elle tout simplement.

 

XXI

Si je pouvais croquer la terre entière

et lui trouver un goût,

j’en serais plus heureux un instant...

Mais ce n’est pas toujours que je veux être heureux.

Il faut être malheureux de temps à autre

afin de pouvoir être naturel...

 

D’ailleurs il ne fait pas tous les jours soleil,

et la pluie, si elle vient à manquer très fort, on l’appelle.

c’est pourquoi je prends le malheur avec le bonheur,

naturellement, en homme qui ne s’étonne pas

qu’il y ait des montagnes et des plaines

avec de l’herbe et des rochers.

 

Ce qu’il faut, c’est qu’on soit naturel et calme

dans le bonheur comme dans le malheur,

c’est sentir comme on regarde

penser comme l’on marche,

et, à l’article de la mort, se souvenir que le jour meurt,

que le couchant est beau, et belle la nuit qui demeure...

Puisqu’il en est ainsi, ainsi soit-il...

 

XXII

Tel un homme qui par un jour d’été ouvre la porte de sa maison

et qui de tout son visage est à l’affût de la chaleur des champs,

il advient que tout à coup la Nature me frappe de plein fouet

au visage de mes sens,

et moi, j’en garde trouble et confusion,

essayant de comprendre

je ne sais quoi ni comme...

 

Mais qui donc a voulu que je cherche à comprendre ?

Qui donc m’a dit qu’il y avait quelque chose à comprendre ?

 

Lorsque l’été passe sur mon visage

la main légère et chaude de sa brise,

je n’ai qu’à éprouver du plaisir de ce qu’elle soit la brise

ou à éprouver du déplaisir de ce qu’elle soit chaude,

et, de quelque manière que je l’éprouve,

c’est ainsi, puisqu’ainsi je l’éprouve, qu’il est de mon devoir de l’éprouver.

 

XXIII

Mon regard aussi bleu que le ciel

est aussi calme que l’eau au soleil.

Il est ainsi, et bleu et calme,

parce qu’il n’interroge ni ne s’effraie.

 

Si je m’interrogeais et m’effrayais,

il ne naîtrait pas de fleurs nouvelles dans les prés

et le soleil ne subirait pas de transformation qui l’embellît...

(Même s’il naissait des fleurs nouvelles dans les prés

et si le soleil embellissait,

je sentirais moins de fleurs dans le pré

et je trouverais le soleil plus laid...

Parce que toute chose est comme elle est, et voilà,

et moi j’accepte, sans même remercier,

afin de ne pas avoir l’air d’y penser...)

 

XXIV

Ce que nous voyons des choses, ce sont les choses.

Pourquoi verrions-nous une chose s’il y en avait une autre ?

Pourquoi le fait de voir et d’entendre serait-il illusion,

si voir et entendre c’est vraiment voir et entendre ?

 

L’essentiel c’est qu’on sache voir,

qu’on sache voir sans se mettre à penser,

qu’on sache voir lorsque l’on voit

sans même penser lorsque l’on voit

ni voir lorsque l’on pense.

 

Mais cela (pauvres de nous qui nous affublons d’une âme !),

cela exige une étude profonde,

tout un apprentissage de science à désapprendre

et une claustration dans la liberté de ce couvent

dont les poètes décrivent les étoiles comme les nonnes éternelles

et les fleurs comme les pénitentes aussi éphémères que convaincues

mais où les étoiles ne sont à la fin que des étoiles

et les fleurs que des fleurs,

ce pourquoi nous les appelons étoiles et fleurs.

 

XXV

Les bulles de savon que cet enfant

s’amuse à tire d’un chalumeau

sont dans leur translucidité toute une philosophie.

Claires, inutiles et transitoires comme la Nature,

amies des yeux comme les choses,

elles sont ce qu’elles sont,

avec une précision rondelette et aérienne,

et nul, même pas l’enfant qui les abandonne,

ne prétend qu’elles sont plus que ce qu’elles paraissent.

 

Certaines se voient à peine dans l’air lumineux.

Elles sont comme la brise qui passe et qui touche à peine les fleurs

et dont nous savons qu’elle passe, simplement

parce que quelque chose en nous s’allège

et accepte tout plus nettement.

 

XXVI

Parfois, en certains jours de lumière parfaite et exacte,

où les choses ont toute la réalité dont elles portent le pouvoir,

je me demande à moi-même tout doucement

pourquoi j’ai moi aussi la faiblesse d’attribuer

aux choses de la beauté.

 

De la beauté, une fleur par hasard en aurait-elle ?

Un fruit, aurait-il par hasard de la beauté ?

Non : ils ont couleur et forme

et existence tout simplement.

La beauté est le nom de quelque chose qui n’existe pas

et que je donne aux choses en échange du plaisir qu’elles me donnent.

Cela ne signifie rien.

Pourquoi dis-je donc des choses : elle sont belles ?

 

Oui, même moi, qui ne vis que de vivre,

invisibles, viennent me rejoindre les mensonges des hommes

devant les choses,

devant les choses qui se contentent d’exister.

 

Qu’il est difficile d’être soi et de ne voir que le visible !

 

XXVII

Seule la nature est divine, et elle n’est pas divine...

 

Si je parle d’elle comme d’un être,

c’est que pour parler d’elle j’ai besoin de recourir au langage des hommes

qui donne aux choses la personnalité

et aux choses impose un nom.

 

Mais les choses sont privées de nom et de personnalité :

elles existent, et le ciel est grand et la terre vaste ,

et notre cœur de la dimension d’un poing fermé...

 

Béni sois-je pour tout ce que je sais.

Je me réjouis de tout cela en homme qui sait que le soleil existe.

 

XXVIII

J’ai lu aujourd’hui près de deux pages

du livre d’un poète mystique

et j’ai ri comme qui a beaucoup pleuré.

 

Les poètes mystiques sont des philosophes malades,

et les philosophes sont des hommes fous.

 

Parce que les poètes disent que les fleurs ont des sensations,

que les pierres ont une âme

et que les fleuves se pâment au clair de lune.

 

Mais les fleurs, si elles sentaient ,ne seraient pas des fleurs,

elles seraient des personnes ;

et si les pierres avaient une âme, elles seraient des choses vivantes, et non des

     pierres ;

et si les fleuves se pâmaient au clair de lune,

ils seraient des hommes malades.

 

Il faut ignorer ce que sont les fleurs, les pierres et les fleuves,

pour parler de leurs sentiments.

Parler de l’âme des pierres, des fleurs, des fleuves,

c’est parler de soi-même et de ses fausses pensées.

 

Grâce à Dieu les pierres ne sont que des pierres

et les fleuves ne sont que des fleuves,

et les fleurs tout bonnement des fleurs.

 

Pour moi, j’écris la prose de mes vers

et j’en suis tout content,

parce que je sais que je comprends la Nature du dehors ;

et je ne la comprends pas du dedans

parce que la Nature n’a pas de dedans –

sans quoi elle ne serait pas la Nature.

 

XXIX

Je ne suis pas toujours le même dans mes paroles et dans mes écrits

je change, mais je ne change guère.

La couleur des fleurs n’est pas la même au soleil

que lorsqu’un nuage passe

ou que la nuit descend

et que les fleurs sont couleur d’ombre.

 

Mais qui regarde bien voit bien que ce sont les mêmes fleurs.

Aussi, lorsque j’ai l’air de ne pas être d’accord avec moi-même,

que l’on m’observe bien :

si j’étais tourné vers la droite,

je me suis tourné maintenant vers la gauche,

mais je suis toujours moi, debout sur les mêmes pieds –

le même toujours, grâces au ciel et à la terre,

à mes yeux et à mes oreilles attentifs

et à ma claire simplicité d’âme...

 

XXX

Si l’on veut que j’aie un mysticisme, c’est bien, je l’ai.

Je suis mystique, mais seulement avec le corps.

Mon âme est simple et ne pense pas.

 

Mon mysticisme est dans le refus de savoir.

Il consiste à vivre et à ne pas y penser.

 

J’ignore ce qu’est la Nature : je la chante.

Je vis à la crête d’une colline

dans une maison blanchie à la chaux et solitaire,

et voilà ma définition.

 

Traduit du portugais par Armand Guibert

In , «Fernando Pessoa : Le gardeur de troupeau et les autres poèmes

d’Alberto Caeiro »

Editions Gallimard, 1960

Du même auteur :

A la veille de ne jamais partir /Na véspera de não partir nunca  (20/06/2014)

 « Plutôt le vol de l’oiseau … » / «  Antes o vôo da ave, que passa » (20/06/2015)

Passage des heures / Passagem das horas (20/06/2016)

Le Gardeur de troupeaux /O Guardador de rebanhos ((I-X) (20/06/2017)

« Parfois, en certains jours de lumière ... » / « Às vezes, em dias de luz... » (20/06/2018)

 

O Guardador de rebanhos

 

XI

Aquela senhora tem um piano

Que é agradável mas não é o correr dos rios

Nem o murmúrio que as árvores fazem…

Para que é preciso ter um piano?

O melhor é ter ouvidos

E amar a Natureza.

 

 

XII

Os pastores de Virgílio tocavam avenas e outras cousas

E cantavam de amor literariamente.

(Depois — eu nunca li Virgílio.

Para que o havia eu de ler?)

Mas os pastores de Virgílio, coitados, são Virgílio,

E a Natureza é bela e antiga.

 

 

XIII

          Leve, leve, muito leve,

          Um vento muito leve passa,

          E vai-se, sempre muito leve.

          E eu não sei o que penso

          Nem procuro sabê-lo.

 

 

 

XIV

Não me importo com as rimas. Raras vezes

Há duas árvores iguais, uma ao lado da outra,

Penso e escrevo como as flores têm cor

Mas com menos perfeição no meu modo de exprimir-me

Porque me falta a simplicidade divina

De ser todo só o meu exterior.

Olho e comovo-me,

Comovo-me como a água corre quando o chão é inclinado,

E a minha poesia é natural como o levantar-se vento…

 

 

XV

As quatro canções que seguem

Separam-se de tudo o que eu penso,

Mentem a tudo o que eu sinto,

São do contrário do que eu sou…

Escrevi-as estando doente

E por isso elas são naturais

E concordam com aquilo que sinto,

Concordam com aquilo com que não concordam…

Estando doente devo pensar o contrário

Do que penso quando estou são.

(Senão não estaria doente)

Devo sentir o contrário do que sinto

Quando sou eu na saúde,

Devo mentir à minha natureza

De criatura que sente de certa maneira…

Devo ser todo doente — ideias e tudo.

Quando estou doente, não estou doente para outra cousa.

Por isso essas canções que me renegam

Não são capazes de me renegar

E são a paisagem da minha alma de noite,

A mesma ao contrário…

 

 

XVI

Quem me dera que a minha vida fosse um carro de bois

Que vem a chiar, manhãzinha cedo, pela estrada,

E que para de onde veio volta depois

Quase à noitinha pela mesma estrada.

Eu não tinha que ter esperanças — tinha só que ter rodas…

A minha velhice não tinha rugas nem cabelo branco…

Quando eu já não servia, tiravam-me as rodas

E eu ficava virado e partido no fundo de um barranco.

 

 

XVII

No meu prato que mistura de Natureza!

As minhas irmãs as plantas,

As companheiras das fontes, as santas

A quem ninguém reza…

E cortam-as e vêm à nossa mesa

E nos hotéis os hóspedes ruidosos,

Que chegam com correias tendo mantas

Pedem «Salada», descuidosos…,

Sem pensar que exigem à Terra-Mãe

A sua frescura e os seus filhos primeiros,

As primeiras verdes palavras que ela tem,

As primeiras cousas vivas e irisantes

Que Noé viu

Quando as águas desceram e o cimo dos montes

Verde e alagado surgiu

E no ar por onde a pomba apareceu

O arco-íris se esbateu…

 

 

XVIII

Quem me dera que eu fosse o pó da estrada

E que os pés dos pobres me estivessem pisando…

Quem me dera que eu fosse os rios que correm

E que as lavadeiras estivessem à minha beira…

Quem me dera que eu fosse os choupos à margem do rio

E tivesse só o céu por cima e a água por baixo…

Quem me dera que eu fosse o burro do moleiro

E que ele me batesse e me estimasse…

Antes isso que ser o que atravessa a vida

Olhando para trás de si e tendo pena…

 

 

XIX

O luar quando bate na relva

Não sei que cousa me lembra…

Lembra-me a voz da criada velha

Contando-me contos de fadas.

E de como Nossa Senhora vestida de mendiga

Andava à noite nas estradas

Socorrendo as crianças maltratadas…

Se eu já não posso crer que isso é verdade,

Para que bate o luar na relva?

 

 

XX

O Tejo é mais belo que o rio que corre pela minha aldeia,

Mas o Tejo não é mais belo que o rio que corre pela minha aldeia

Porque o Tejo não é o rio que corre pela minha aldeia.

O Tejo tem grandes navios

E navega nele ainda,

Para aqueles que veem em tudo o que lá não está,

A memória das naus.

O Tejo desce de Espanha

E o Tejo entra no mar em Portugal.

Toda a gente sabe isso.

Mas poucos sabem qual é o rio da minha aldeia

E para onde ele vai

E donde ele vem.

E por isso, porque pertence a menos gente,

É mais livre e maior o rio da minha aldeia.

Pelo Tejo vai-se para o Mundo.

Para além do Tejo há a América

E a fortuna daqueles que a encontram.

Ninguém nunca pensou no que há para além

Do rio da minha aldeia.

O rio da minha aldeia não faz pensar em nada.

Quem está ao pé dele está só ao pé dele.

 

 

XXI

Se eu pudesse trincar a terra toda

E sentir-lhe um paladar,

Seria mais feliz um momento…

Mas eu nem sempre quero ser feliz.

É preciso ser de vez em quando infeliz

Para se poder ser natural…

Nem tudo é dias de sol,

E a chuva, quando falta muito, pede-se.

Por isso tomo a infelicidade com a felicidade

Naturalmente, como quem não estranha

Que haja montanhas e planícies

E que haja rochedos e erva…

O que é preciso é ser-se natural e calmo

Na felicidade ou na infelicidade,

Sentir como quem olha,

Pensar como quem anda,

E quando se vai morrer, lembrar-se de que o dia morre,

E que o poente é belo e é bela a noite que fica…

Assim é e assim seja…

 

 

XXII

Como quem num dia de Verão abre a porta de casa

E espreita para o calor dos campos com a cara toda,

Às vezes, de repente, bate-me a Natureza de chapa

Na cara dos meus sentidos,

E eu fico confuso, perturbado, querendo perceber

Não sei bem como nem o quê…

Mas quem me mandou a mim querer perceber?

Quem me disse que havia que perceber?

Quando o Verão me passa pela cara

A mão leve e quente da sua brisa,

Só tenho que sentir agrado porque é brisa

Ou que sentir desagrado porque é quente,

E de qualquer maneira que eu o sinta,

Assim, porque assim o sinto, é que é meu dever senti-lo…

 

 

XXIII

O meu olhar azul como o céu

É calmo como a água ao sol.

É assim, azul e calmo,

Porque não interroga nem se espanta…

Se eu interrogasse e me espantasse

Não nasciam flores novas nos prados

Nem mudaria qualquer cousa no sol de modo a ele ficar mais belo.

(Mesmo se nascessem flores novas no prado

E se o sol mudasse para mais belo,

Eu sentiria menos flores no prado

E achava mais feio o sol…

Porque tudo é como é e assim é que é,

E eu aceito, e nem agradeço.

Para não parecer que penso nisso…)

 

 

XXIV

O que nós vemos das cousas são as cousas.

Por que veríamos nós uma cousa se houvesse outra?

Por que é que ver e ouvir seria iludirmo-nos

Se ver e ouvir são ver e ouvir ?

O essencial é saber ver,

Saber ver sem estar a pensar,

Saber ver quando se vê,

E nem pensar quando se vê

Nem ver quando se pensa.

Mas isso (tristes de nós que trazemos a alma vestida!),

Isso exige um estudo profundo,

Uma aprendizagem de desaprender

E uma sequestração na liberdade daquele convento

De que os poetas dizem que as estrelas são as freiras eternas

E as flores as penitentes convictas de um só dia,

Mas onde afinal as estrelas não são senão estrelas

Nem as flores senão flores,

Sendo por isso que lhes chamamos estrelas e flores.

 

 

XXV

As bolas de sabão que esta criança

Se entretém a largar de uma palhinha

São translucidamente uma filosofia toda.

Claras, inúteis e passageiras como a Natureza,

Amigas dos olhos como as cousas,

São aquilo que são

Com uma precisão redondinha e aérea,

E ninguém, nem mesmo a criança que as deixa,

Pretende que elas são mais do que parecem ser.

Algumas mal se veem no ar lúcido.

São como a brisa que passa e mal toca nas flores

E que só sabemos que passa

Porque qualquer cousa se aligeira em nós

E aceita tudo mais nitidamente.

 

 

XXVI

Às vezes, em dias de luz perfeita e exacta,

Em que as cousas têm toda a realidade que podem ter,

Pergunto a mim próprio devagar

Por que sequer atribuo eu

Beleza às cousas.

Uma flor acaso tem beleza?

Tem beleza acaso um fruto?

Não: têm cor e forma

E existência apenas.

A beleza é o nome de qualquer cousa que não existe

Que eu dou às cousas em troca do agrado que me dão.

Não significa nada.

Então por que digo eu das cousas: são belas?

Sim, mesmo a mim, que vivo só de viver

Invisíveis, vêm ter comigo as mentiras dos homens

Perante as cousas,

Perante as cousas que simplesmente existem.

Que difícil ser próprio e não ver senão o visível!

 

 

XXVII

Só a Natureza é divina, e ela não é divina…

Se falo dela como de um ente

É que para falar dela preciso usar da linguagem dos homens

Que dá personalidade às cousas,

E impõe nome às cousas.

Mas as cousas não têm nome nem personalidade:

Existem, e o céu é grande a terra larga,

E o nosso coração do tamanho de um punho fechado…

 

Gozo tudo isso como quem sabe que há o sol.

 

 

XXVIII

Li hoje quase duas páginas

Do livro dum poeta místico,

E ri como quem tem chorado muito.

Os poetas místicos são filósofos doentes,

E os filósofos são homens doidos.

Porque os poetas místicos dizem que as flores sentem

E dizem que as pedras têm alma

E que os rios têm êxtases ao luar.

Mas as flores, se sentissem, não eram flores,

Eram gente;

E se as pedras tivessem alma, eram cousas vivas, não eram pedras;

E se os rios tivessem êxtases ao luar,

Os rios seriam homens doentes.

É preciso não saber o que são flores e pedras e rios

Para falar dos sentimentos deles.

Falar da alma das pedras, das flores, dos rios,

É falar de si próprio e dos seus falsos pensamentos.

Graças a Deus que as pedras são só pedras,

E que os rios não são senão rios,

E que as flores são apenas flores.

Por mim, escrevo a prosa dos meus versos

E fico contente,

Porque sei que compreendo a Natureza por fora;

E não a compreendo por dentro

Porque a Natureza não tem dentro;

Senão não era a Natureza.

 

 

XXIX

Nem sempre sou igual no que digo e escrevo.

Mudo, mas não mudo muito.

A cor das flores não é a mesma ao sol

De, que quando uma nuvem passa

Ou quando entra a noite

E as flores são cor da sombra.

Mas quem olha bem vê que são as mesmas flores.

Por isso quando pareço não concordar comigo,

Reparem bem para mim:

Se estava virado para a direita,

Voltei-me agora para a esquerda,

Mas sou sempre eu, assente sobre os mesmos pés —

O mesmo sempre, graças ao céu e à terra

E aos meus olhos e ouvidos atentos

E à minha clara simplicidade de alma…

 

 

XXX

Se quiserem que eu tenha um misticismo, está bem, tenho-o.

Sou místico, mas só com o corpo.

A minha alma é simples e não pensa.

O meu misticismo é não querer saber.

É viver e não pensar nisso.

Não sei o que é a Natureza: canto-a.

Vivo no cimo dum outeiro

Numa casa caiada e sozinha,

E essa é a minha definição.

 

Poesias de Álvaro de Campos.  

Ática, Lisboa, 1944

Poème précédent en portugais :

Jorge de Sena : Je sais le sel / Conheço o sal (07/03/2019)

Poème suivant en portugais :

Casimiro de Brito :  « Assis dans la mer... » / « Sentado no mar... » (31/12/2019)