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Sur la terre, errante

 

Quand la nuit se brise,

Je porte ma tiédeur

Sur les monts acérés

Et me dévêts à la vue du matin

Comme celle qui s’est levée

Pour honorer la première eau ;

 

Etrange est mon pays où tant

De souffles se libèrent,

Les oliviers s’agitent

Alentour et moi je chante :

 

- Terre brûlée et noire,

Mère fraternelle,

Ton enfant ne restera pas seule

Avec le temps qui griffe le cœur ;

Entends ma voix

Qui file dans les arbres

Et fait mugir les bœufs.

 

Ce matin d’été est arrivé

Plus bas que le silence,

Je me sens comme enceinte,

Mère fraternelle,

Les femmes dans leurs huttes

Attendent mon cri.

 

Pourquoi, me dit-on, pourquoi

Vas-tu visiter d’autres seuils

Comme une épouse répudiée ?

Pourquoi erres-tu avec ton cri,

Femme, quand les souffles

De l’aube commencent

A circuler sur les collines ?

 

Moi qui parle, Algérie,

Peut-être ne suis-je

Que la plus banale de tes femmes

Mais ma voix ne s’arrêtera pas

De héler plaines et montagnes ;

 

Je descends de l’Aurès,

Ouvrez vos portes

Epouses fraternelles,

Donnez-moi de l’eau fraîche,

Du miel et du pain d’orge ;

 

Je suis venue vous voir

Vous apporter le bonheur,

A vous et vos enfants ;

Que vos petits nouveaux nés

 

Grandissent,

Que votre blé pousse,

Que notre pain se lève aussi

Et que rien ne vous fasse défaut,

Le bonheur soit avec vous.

 

Ombre gardienne

Editions de La différence, 2003

Du même auteur : Etranger (08/01/2018)