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Racontez-moi mon pays,

ce pays qui semble un rêve

où se perd, où se noie

l’horizon de ma vie.

 

Parlez-moi des vignes accueillantes

sans fin offertes au regard,

de la terre généreuse fouaillée par les labours

et d’où le vert toujours ressurgira ...

 

Le soleil danse de joie quand vient

l’heure de s’étendre sur elle

et les oiseaux à sa vue

accordent soudain leur chant.

 

Parlez-moi des nids au creux humide

de l’arbre, malmenés par la saison qui souvent

les disperse aux quatre vents...

 

du bruissement des mûriers

dans la cour de la maison, du parfum enfin

des mille et un aromates, ornements

des hautes pentes de nos vivantes collines.

 

Racontez-moi ! Car mon cœur

est une aire vide. Ecoutez-le soupirer,

se languir de la caresse des épis !

 

Remplissez ce lieu absent d’histoires

de mon pays : de ces histoires qui recèlent

plus d’or encore que les chansons.

 

Réveillez mon souvenir ! Et sachez qu’après un siècle,

je ne me trouverai toujours pas rassasié

par les rappels instants de la mémoire.

 

*

La voix des collines s’enroue

au fond de votre gorge : la nuit

doit avoir blessé

son écho.

 

Les champs piqués d’amandiers

sont devenus des sanglots

dont la tristesse vous paraît comme allégée

par l’habitude du malheur.

 

Les fiers épis du maïs brillent

dans vos yeux où s’irise une larme

vierge qui pleure sur l’oubli des jours.

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(L’enfant réfugié)

 

Traduit de l’arabe par René Rizqallah Khawam

in, « La poésie arabe »,

Editions Phébus (Libretto), 1995

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