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Adam et Eve

 

 

Devant la porte d’or les deux visages s’ajustent l’un à l’autre et chacun est pour

     l’autre le joyau et l’écrin.

 

Les deux faces font une seule médaille, une seule ressemblance, reposant au

     creux de la main qui les pèse

 

Les deux regards se répondent, les inconnus se reconnaissent dans cette clarté

     entre eux jaillie ;

 

La main accueille la main et découvre une chair plus proche et plus précieuse

     que la sienne, car elle est faite pour lui être donnée.

 

Maintenant c’est le premier pas, celui qui fait entrer au premier domaine et les

     bras commencent l’étreinte qui lie et qui libère,

 

Chaque tête au creux de l’épaule avancée, chaque bouche posée sur la rosée de

     l’autre, les deux corps ne sont plus qu’une seule stature,

 

Sous la parure unique du soleil, dans l’éblouissante nudité de la pudeur,

 

Afin qu’il n’y ait plus désormais, du ciel au feuillage, d’autre mesure que le

     regard de l’amour.

 

« Ainsi je te salue, ô mon autre et plus cher moi-même, chair plus tendre que

     l’eau vive et plus ferme que la terre ;

 

Tes seins vont mûrir sous mes paumes, tes yeux sous mes yeux épanouir leur

     été, tes jambes nouer aux miennes une caresse croisée,

 

Afin que le désir soit amour et que l’amour reste désir, l’apaisement attente, et

     que le monde autour de nous reste un jardin. »

 

« Et moi je te salue, mon aimé plus fort que le chêne, mon amour plus doux

     que le vin, car tes bras vont garder ma faiblesse,

 

Ma faiblesse rire au cœur de ta force quand le chant de nos voix confondues

     alternera chaque jour avec le silence enchanté de l’amour. »

 

 

De sable et de désir

Editions Buchet-Chastel, 1976