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Pour tenir lieu

 

ARBRE

 

final et le produit

du bourbier balbutiant

prenais mon droit

notais le brouillé des saisons

et que le ciel passé

au peigne fin des oiseaux temporaires

ne scelle rien ni ne recèle

 

veilleur paradoxal sur les sanglots

de la durée

somme et témoin j’étais

 

dernier mot de la glèbe ou

le premier du vent tandis qu’un sens

fouissait dans l’aubier pâle

un chemin présumé un conduit

une veine dit-on

vers la rare musique entre l’herbe

et les songes

passante,

 

 

 

hors du jardin patience et fougère

poussaient leur ombre et me poussaient

on avait dès longtemps consommé

le premier exil, appris à désapprendre,

à sentir s’ajouter les cercles au secret

de l’arbre, le cœur à chaque cerne

un peu plus lointain, un jadis

de plus dépouillé à chaque volte

des feuilles

 

                     et cela restait seul

qui désirait la fin

du désir, qui ruminait menu,

qui murmurait en bas, qui se voulait

comme le houx flambant dans son hiver,

et pauvre

 

 

 

il y a matière, cela est sûr : des fougères

brunes brisées d’hiver, des eaux , des vies

menues dans l’eau               il y a matière

et qui coule

 

                       Et tout roidi qu’on soit

de male mort, perclus d’éternité,

arrêté à la pierre obscure, il y a

périssable pétrissable matière, souffle

et systoles, tout l’en train de se faire

et défaire, de quoi bonnement exister

avec les choses qui se taisent

                                         et l’humain

des très-blanches maisons éparses

sur le ciel  judicieusement noir

 

item, au fond d’un seul verger,

qui est le monde,

la grive inépuisable  

 

TOUTE LA VERITE SUR L’ÎLE DE SEIN

 

cela fut dit dans le parler des îles

nues où s’abattent l’hiver

des oiseaux impossibles, tiè-

dement, lassés des falaises

horribles d’

                    ici notre domaine,

cette meule à broyer

du vent et de la pauvre vie.

 

où agiter son corps, où

creuser pour mourir sinon

la mer de toute éternité

anfractueuse qui avale

et recrache, des os

et des galets plein le gueuloir,

cet orateur vociférant des finitudes

 

 

 

l’eau rétractée, la tourbe entre les touffes

sèche, le carex et l’épine : cette terre

sous trop de zénith n’est pas de l’homme,

ni le cheval (que j’ai placé pourtant

dans cet élémentaire) cambré sur l’étrange

horizon, ni les oiseaux nommés à peine

à leur envol lointain vers l’ouest

où sont les pierres ordonnées qui savent

dans un parler qui n’a plus cours

les grandes chasses et les comptes obscurs

(je veux dire nocturnes) où un et un

font un ou trois ou une horde assurée

de son être avide et guttural ;

ne font jamais l’instant zéro d’éternel

aujourd’hui espérant lieu et lien,

une harmonie accidentelle qui l’élirait

brièvement, au petit bonheur

 

 

 

MOUETTE A QUAI

 

ailes (blanc déchu) et cou

tendus vers le céleste azur

elle régurgite une prière

(peut-être) de damné véhément

une éjaculation mille vaines fois

réitérée ?        en fait

brièvement rouscaille

et puis reclot son ivoirine

componction, veille,

l’œil rond infiniment,

et règne

(elle sait sur quoi) 

 

PIERRES PLANTEES

 

Des signes maigres dressés

dans les vertiges, point

de seuil, des pas peut-être,

la coulée d’un bête de nuit

dans l’herbe autrement encline,

un autre espace au centre

de l’espace où le sens descendrait

(fondrait, faucon définitif,

couteau d’obsidienne, la proie

dûment pâmée ?)

sur celui seul qui sait déjà

qu’il n’ y a pas de secret,

qui regarde le bel or noyé

du temps oblique sur l’éteule,

et s’abîme (qui longtemps

espéra la paix druidique des forêts,

les bouches de lumière, les litanies

de lys et d’aubes profertes

à la naïve gent, ce bleu

qui laissait augurer.

 

Fondus au noir

Editions Folle Avoine, 35137 Bédée,1996

 

Du même auteur :

« Une fois, / Les écluses s’ouvrirent… » (16/03/2015)

Des fins premières (25/08/2016)

« rouillés sont les vaisseaux friables… » (25/08/2017)

Nord Nord-Ouest par Ouest (25/08/2018)

Problématique (25/08/2020)