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Tu ouvres la terre, tu retrouves

ton premier cri, déchirure dans

le tissu du temps, tu prends

les sources contre toi, tu les fais

courir sous ta peau, dans ta chair,

comme autant de nouveaux vaisseaux,

 

tu creuses, creuses encore, tu

retrouves les empreintes que

le ciel a laissées dans tes os

et sur les pierres familières

où tu aimes t’asseoir, en fin

d’après-midi, au bord du lac,

 

lorsque les constellations

de l’automne se confondent avec

celles des vaguelettes qui viennent

s’effacer lentement sur le bords.

 

Tu t’ouvres au monde comme on

s’ouvre à l’amour, tu ne te contentes

pas des promesses futiles, des

confidences inachevées, tu accompagnes

le chant toujours vierge des merles

et le balancement des sapins

qui frôlent la lumière.

 

Tu vis la déchirure où

s’engouffre ta vie, tu pars

à la rencontre des autres tremblements

que les herbes mouvantes préparent

dans l’ivresse de leur disparition,

tu pars sans regrets, tu tires

le fil qui fait vibrer le temps

au-dessus de ton premier cri.

 

Elégies pour le temps de vivre

Editions Gallimard, 2012

Du même auteur :

 « Tu t’assieds avec moi… » (22/10/2014)

« Il faudrait adopter le brouillard … » (12/12/2015)

« Je parlerai du mot pluie… » (19/11/2017)