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Volcan éteint

 

Vomissures de flamboyants

Carrousel du cadre rouge au Grand Palais de cuivre

Les canéficiers fieuzals de miel roux engendrent les longues silhouettes

noires de mélasse opiacée

Lauriers blancs face à la mer

Sabots pommelés de fracas incandescents

sabots de feu et de sang

lambeaux de feu qui descend

dans les flancs sabordés pleins de sang qui descend

et qui coule et qui roule

boule de feu

sabot noir étincelant

boule de feu et de sang noir figé

Et les canéficiers croulant de miel doré coulent les longues chairs brulées

De la coupe marine brusquement renversée du fracas des tonnerres

le voilà recréé

Fils de chair de mélasse brune père de cette mélasse aux paillettes

dorées dont les yeux brillent

de cette mélasse qui prend à la gorge

soif de lait gorgée d’alcool

de cette mélasse qui te prend au ventre

Nuits gastralgiques aux rêves de belladone argentée

Et des bulles en feu coule ta chair vive

Et de ta plante exacerbée crisse la jeune tourbe de locustes variées…

Jeunesse dorée de bouts dorés

de fumée et de cendres

Jeunesse de volutes bleues de panaches éteints

de cendres mortes

Mortiers et creusets sous ton talon d’ébène

d’où flaque aux quatre vents l’indolent latex blanc

terrifiante exsudation au soleil d’octobre

tempête flamboyante des neiges éruptives

l’euphorbiacée cramoisie crépite de colère

Et partout

et toujours

dans le sang dans la tourbe

le bruit lourd du talon plein de boue plein de tourbe

le bruit lourd des talons de la tourbe qui bout.

 

Revue « Tropiques » N° 8-9, Octobre 1943

Fort-de-France, Martinique, 1943