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La maison de la mer

 

Non, ne me cherchez plus sous ces tuiles disjointes,

Mouette d’autrefois, visiteuse attentive,

Je ne reviendrai plus m’asseoir à cette table,

Ni reprendre ma place à l’orée de la mer ;

 

Celui qui cherchait là un langage accessible

Au moindre brin d’éther, au plus léger embrun,

S’est engagé, depuis, dans une longue errance,

Séparé des trésors qui brillaient sous son front ;

 

Il a masqué ses yeux de frondaisons nocturnes

Et ne sait plus très bien en quel lieu il se trouve

Puisque le fil d’écume que vous tressiez pour lui

N’est plus qu’un souvenir élagué par le temps.

 

Pourtant, si vous passez par la maison marine

Où j’ai tant rassemblé de moire et de froment,

Posez-vous, un instant, sur la plus basse branche

Du sapin qui vacille comme rose des vents :

 

De ce mouvant refuge vous guetterez la chambre

Que mon regard avait tapissé de corolles

Et vous ranimerez toutes les fleurs décloses

Comme si je pouvais encore choisir.

 

Veillez pour ce cœur d’homme enlisé dans la ville

Qui n’attend plus personne et ne reviendra plus

Attiser votre cri et lui donner asile

Au fond d’un roc jonché de friables sarments.

 

L’air du large,

Les Cahiers de l’école de Rochefort

René Debresse, éditeur, 1941

Du même auteur :

La flamme en nous qui sombre (05/03/2016)

Service de nuit (06/03/2017)