AVT_Michel-Manoll_9717[2]

 

A René Guy Cadou

 

Ô mon ami, glycine odorante d’avril

Et qui tiens sous ton joug un essaim de pétales,

Le temps n’a pas pouvoir de dénouer le fil

Qui nous rattache au même océan végétal,

Le temps n’a pas pouvoir de faner le pistil

Où la lumière avive, un instant, son cristal.

Le feu que nous avons tant de fois allumé

Brûle encore au déclin du jour, parmi les treilles

Où le ciel migrateur butine tes prunelles

De givre, de pollen et de houle tramées.

 

Il n’est que d’entrouvrir la porte d’une auberge,

Pour retrouver dans la fraîcheur du souvenir,

Quelqu’un qui te ressemble. Il a quitté la berge

Avec, entre ses mains, ce qu’il a pu cueillir

De baies, d’or, de genêts, de duvets, de saphirs,

Avec, dans le regard, ce qui peut réunir

Deux enfants égarés dans un désert de neige.

 

In, Charles Le Quintrec : « Poètes de Bretagne. Anthologie »

Editions de La Table Ronde (La petite vermillon), 2018

Du même auteur :

La flamme en nous qui sombre (05/03/2016)

Service de nuit (06/03/2017)

La maison de la mer (06/03/2018)