gil_jouanard_1_

 

 

Kimiya

II

 

A un certain moment

l’heure pèse de tout son poids

sur la couleur de la lumière,

et l’or s’altère,

le rouge s’attiédit,

et l’espace se creuse

pour laisser filtrer

goutte à goutte

comme l’écho lointain,

à peine audible,

d’un cri,

comme,

éclatant,

les veines du silence.

 

C’est comme si

la lumière se muait

en plomb,

pour sceller le secret

dans l’épaisseur fugitive

du souffle.

 

Ou comme si, encore

la nuit se soulevait un peu

au-dessus des brindilles et des graviers,

dans l’odeur de salpêtre de la mémoire.

 

Ou comme si l’aurore

devait prolonger son murmure

loin au-delà de cette couleur

rosée ou mauve,

de cette teinte entre deux mondes,

de ce monde entre deux instants,

de cet instant ente deux vies.

 

Ou comme si une musique

vraiment neuve

devait descendre

entre les cils de l’horizon

et venir réveiller

le guetteur assoupi

dans les interlignes du monde.

 

Chronique du bois d’eucalyptus

Guy Chambelland éditeur, 1974

Du même auteur :

« Au bout de chaque jour… » (05/03/2015)

« Le tourbillon des chants de la lisière… » (05/03/2016)

Sonnailles (05/03/2017)

« Fibres... » (05/03/2019)