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A Madame du Châtelet

 

Si vous voulez que j’aime encore,


Rendez-moi l’âge des amours ;


Au crépuscule de mes jours


Rejoignez, s’il se peut, l’aurore.

 

 

Des beaux lieux où le dieu du vin


Avec l’Amour tient son empire,


Le Temps, qui me prend par la main,


M’avertit que je me retire.

 

 

De son inflexible rigueur


Tirons au moins quelque avantage.


Qui n’a pas l’esprit de son âge,


De son âge a tout le malheur.

 

 

Laissons à la belle jeunesse


Ses folâtres emportements.


Nous ne vivons que deux moments :


Qu’il en soit un pour la sagesse.

 

 

Quoi ! pour toujours vous me fuyez,


Tendresse, illusion, folie,


Dons du ciel, qui me consoliez


Des amertumes de la vie !

 

 

On meurt deux fois, je le vois bien :


Cesser d’aimer et d’être aimable,


C’est une mort insupportable ;


Cesser de vivre, ce n’est rien. 

 

 

Ainsi je déplorais la perte


Des erreurs de mes premiers ans ;


Et mon âme, aux désirs ouverte,


Regrettait ses égarements.

 

 

Du ciel alors daignant descendre,


L’Amitié vint à mon secours ;


Elle était peut-être aussi tendre,


Mais moins vive que les Amours.

 

 

Touché de sa beauté nouvelle,


Et de sa lumière éclairé,


Je la suivis; mais je pleurai


De ne pouvoir plus suivre qu’elle.

 

Du même auteur :

Adieu à la vie (18/11/2015) 

« L’autre jour au fond d’un vallon… » (18/11/2016)

A Madame Lullin (18/11/2018)