contributor_4945_195x320_1_

 

 

 

Je parlerai du mot pluie, du mot silence

sous la pluie, je parlerai du jardin

sous la pluie, de la facilité des fleurs

à accepter les confidences du matin, je

parlerai des vestiges, de tuiles tombées,

de fontaines taries, de sources renaissantes,

je parlerai de pulsations, de paupières,

je marcherai vers la montagne, je me précèderai.

 

Parler, parler encore, là où le soleil s’étonne

de frémir dans les branches, là où les chemins

entrent au cœur du monde, parler, défaire,

chaque mot et se noyer en lui jusqu’à

sentir bouger l’éternité dans le geste

qu’on fait en saluant l’enfant qui sort

en secret de chez lui pour retrouver

son camarade et gagner un peu de temps

sur le sommeil, le suivre cet enfant,

 

se glisser dans sa chair, rouler

avec lui dans les fossés, s’arrêter

un instant pour accueillir le ciel,

ne plus savoir où sont les frontières,

obéir aux étoiles, s’enfouir

dans un langage qui monte de la terre,

 

et avec lui, l’enfant, désapprendre

qui je suis, chercher dans la soudaineté

d’une ombre la vibration des regards

perdus, errer jusqu’à l’entrée

d’une maison où je n’attends personne

puisque j’ai retrouvé la clef des songes

et sous les songes la parole

qui vit pour moi du mot pluie,

du mot silence et de l’enfant qui ne dit

rien pour ne rien obscurcir.

 

Elégies pour le temps de vivre

Editions Gallimard, 2012

Du même auteur :

 « Tu t’assieds avec moi… » (22/10/2014)

« Il faudrait adopter le brouillard … » (12/12/2015)

« Tu ouvres la terre... » (19/11/2018)