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La matelotte

 

Matelot conduisant les vagues au port d’été

A chaque pas de chaleur la lune nous gifle

Et la mer se défait

Agitée par le vent des pêcheurs qui sifflent

               L’océan est vert de tant d’espoir noyé

 

Les bateaux traînent les vagues jusqu’à toucher le ciel

Ils vont charger l’aurore éventuelle

Tels que les escarpins ils aiment l’horizon

L’horizon en arc raide pour la chanson et pour la flèche

Chemin de la colombe en dépêche

 

               Mon œil mieux qu’un navire divague

               Bien que je sois le marin précis

                         Que voulez-vous

 

La mer change de vagues

Le caméléon de couleur

Et la montre d’heure

 

Mais l’océan transitoire en échelle sans tapis

Au fond change aussi peu que le charbon des mines

Et je l’aime comme une bouteille ou un bouquet poli

A l’ombre de son fare qui mouds les vagues en sourdine

 

L’océan l’océan le fare et la farine

Pleure mon beau marin sur la marine

 

L’océan l’océan

               Voilà mon seul drapeau

 

Chiffonné de bateaux

Déchiré dans les plages

Mon drapeau naturel est troué de naufrages

 

Revue « Manomètre, N°5, Février 1924 »

Lyon, 1924

 

Du même auteur :

L’Homme triste (01/10/18)

Chemin inutile (01/10/2019)