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Poème

 

Le mystère - c'est la voix étouffée des ramoneurs derrière les murs, et le parcours

     de la Grange- Batelière sous l'Opéra.


La peur - c'est un roulement de tombereau, la nuit, dans un bois où ne passe aucune

     route.


La douceur - c'est un vol de chouette, sous le taillis, au crépuscule.

 

Le contentement - c'est l'odeur d'une blonde qui, lente, efface ses bas noirs.

 

L'angoisse - c'est la congestion, comme une émeute violette, sur le bitume où bouge

     un soleil ahurissant.

 

L'été - c'est l'ombre de la jarre qu'emperle son frais et cette parole qui traverse encore

     le dédale de vacances.

 

L' Ile-au-Trésor - c'est la touffe de parfums entre tes cuisses salées.

 

Le désir - c'est la flèche de rubis qui voie par-dessus 1'Orénoque en flammes, et décochée

    sans bruit.

 

L'amour - c'est ce pays à l'infini ouvert par deux miroirs qui se font face.

 

L'enfance - c'est la clef rouillée que cachent les buis, celle qui forcerait toutes les serrures.

 

Le rêve - c'est l'instant où tombe enfin la robe des clairières.

 

La plus belle récompense de l'homme - c'est encore son sommeil.

Et le mien tarde bien à venir.

 

La Cité des Mongols

Editions Seghers, 1952

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