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L’imperceptible

 

C’est là. Ca n’a pas d’images

C’est un souffle dans les heures,

un instant comme arrêté,

on ne sait pas, presque rien.

Un vide sous les visages,

sous les gestes quelque chose

qui vacille : ombre ou mémoire.

Un silence qu’on écoute

avec toujours  ce qui parle

sans un lot, ce qui se tait.

 

*

 

Ca n’existe pas, peut-être.

La pierre ou l’arbre l’ignorent,

l’oiseau qui passe, le ciel

et sa lumière. C’est un feu

qui n’aurait jamais brûlé,

une eau qui n’apaiserait

jamais la soif. Mais c’est là.

Le matin vient, sa pluie lente,

sur tes yeux des gouttes brillent,

tes cils battent : ce n’est rien.

 

*

 

C’est à midi, une cour

vide avec un seul oiseau

les feuilles qui bougent un peu.

On ne sait pas si c’est ce

qui vient ou s’en va. C’est comme

une chaise oubliée là,

pour personne, un souffle

retenu, des voix trop loin

pour qu’on puisse les comprendre.

 

*

 

Et même si nous tombons

si le temps nous défait

c’est un signe, moins parfois,

un mot mal articulé.

C’est toi, de loin, qui arrives

du soleil. Il y a des mouettes,

leurs cris. Je compte les pas

qui nous séparent. Je vois

ce qui ne sera plus. C’est

Là. L’imperceptible brûle.

 

In, « Il fait un temps de poème.

Textes rassemblés et présentés par Yvon Le Men »

Filigranes Editions, 22140 Trézélan