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Ombres

 

Et si ce soir mon âme peut trouver sa paix

dans le sommeil et sombrer dans le bon oubli,

et au matin s’éveiller comme une fleur qui s’ouvre

alors j’ai été de nouveau trempé en Dieu, et créé de nouveau.

Et si, tandis que tournent les semaines dans l’obscur de la lune

mon esprit s’obscurcit et s’éteint et qu’une douce étrange nuit

pénètre mes mouvements mes pensées mes paroles

alors je saurai que je marche toujours

avec Dieu, nous sommes tout proches maintenant que la lune est

     dans l’ombre.

Et si, comme l’automne s’enfonce et s’obscurcit

je sens la douleur des feuilles qui tombent, et des tiges qui cassent

     dans les tempêtes

et le trouble et la dissolution et la détresse

puis la douceur des ombres épaisses, enveloppantes, enveloppantes

autour de mon âme et de ma pensée, autour de mes lèvres

très douces, comme une pâmoison ou plutôt comme la torpeur murmurée

     d’un chant triste

chanté plus sombre que du rossignol, encore, encore,  vers le solstice

et le silence des journées brèves, le silence de l’an, l’ombre.

alors je saurai que ma vie va toujours

avec la sombre terre, inondée

du doux oubli de la terre abolie et renouvelée.

 

Et si dans les phases changeantes de la vie humaine

Je tombe dans la maladie ou le malheur

mes poignets semblant se briser et mon cœur mourir

et ma force en-allée et ma vie

seulement un déchet de vie ;

 

avec encore dans tout cela des bribes d’oubli enchanteur, des

     bribes de renouveau

d’étranges fleurs d’hiver sur la tige fanée, pourtant de nouvelles,

     d’étranges fleurs

telle qua ma vie n’en avait pas données encore,  de nouvelles

     fleurs de moi –

 

alors

alors je saurai bien que je suis toujours

dans les mains du Dieu inconnu,

il me dresse rompu à son propre oubli

pour m’envoyer, homme nouveau, à un nouveau matin.

Traduit de l’anglais par J.J. Mayoux

In, « D.H. Lawrence : Poèmes/Poems »

Editions Aubier (Collection bilingue), 1976

Du même auteur :

La nef de mort / The ship of death (10/06/2015)

Désir de printemps / Craving for spring (10/06/2016)

 

 

Shadows

 

 

And if tonight my soul may find her peace

in sleep, and sink in good oblivion,

and in the morning wake like a new-opened flower

then I have been dipped again in God, and new-created.

 

And if, as weeks go round, in the dark of the moon

my spirit darkens and goes out, and soft strange gloom

pervades my movements and my thoughts and words

then I shall know that I am walking still

with God, we are close together now the moon’s in shadow.

 

And if, as autumn deepens and darkens

I feel the pain of falling leaves, and stems that break in storms

and trouble and dissolution and distress

and then the softness of deep shadows folding, folding

 

around my soul and spirit, around my lips

so sweet, like a swoon, or more like the drowse of a low, sad song

singing darker than the nightingale, on, on to the solstice

and the silence of short days, the silence of the year, the shadow,

then I shall know that my life is moving still

with the dark earth, and drenched

with the deep oblivion of earth’s lapse and renewal.

 

 

 

And if, in the changing phases of man’s life

I fall in sickness and in misery

my wrists seem broken and my heart seems dead

and strength is gone, and my life

is only the leavings of a life:

 

 

 

and still, among it all, snatches of lovely oblivion, and snatches of renewal

odd, wintry flowers upon the withered stem, yet new, strange flowers

such as my life has not brought forth before, new blossoms of me -

 

 

 

then I must know that still

I am in the hands of the unknown God,

he is breaking me down to his own oblivion

to send me forth on a new morning, a new man.

 

The Complete Poems of D. H Lawrence

Heineman, 1964

Poème précédent en anglais :

Jack Kerouac : 127ème chorus / 127th chorus (27/03/2017)

Poème suivant en anglais :

Emily Jane Brontë : « Mon plus grand bonheur… » / “I’m happiest whan most away (01/07/2017)