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Quand le monde frappe à ta porte

 

Ne t’éloigne pas de toi,

reste en accord avec toi-même.

Qui doit te donner du courage

le soir, qui doit

baisser les stores, qui

doit te soutenir

quand la porte cochère tremble

sous le coups de poing du monde ?

 

Ne t’éloigne pas de toi,

reste en accord avec toi-même.

Nul ne t’appelle ; tu n’entends

que le vent.

Le chant de l’alouette

ment au nez de la mort ;

le monde qui t’attire

ne souffle mot de ses infirmités.

 

Ne t’éloigne pas de toi,

reste en accord avec toi-même.

On te laisse tomber, tu dois

te renier ;

ainsi le veut le monde.

Il te charme, il a fait pression

sur l’alouette ; vois, elle se tient

sur des griffes de porcelaine.

 

Ne t’éloigne pas de toi,

reste en accord avec toi-même.

Te soit favorables les vents,

la braise de ton foyer

et, le soir, le grillon.

Prête l’oreille à son chant ; il murmure

dans les artères du silence

aussi doucement que ton sang.

 

Ne t’éloigne pas de toi,

reste en accord avec toi-même.

Qui doit être assis près de toi

dans ta chambre, qui doit

t’aider à te faire ?

Ne t’éloigne pas de toi ;

le monde tient debout sur des griffes d’oiseaux,

son chant est mensonge.

 

Traduit de l’allemand par Raoul Bécousse

In, Wolfdietrich Schnurre «  Messages clandestins,

et nouveaux poèmes »

Editions Noah, 1986

Du même auteur :

Adoration /Anbetung (28/11/2014) 

Chanson / Lied (28/11/2015)

Message clandestin / Kassiber (28/11/2017)

Harangue du policier de banlieue pendant sa ronde du matin /Ansprache des vorortpolizisten waehrend der morgenrunde (28/11/2018)

 

Stance / Strophe (28/11/2019)

 

 

 

Klopfzeichen

 

Gehe nicht weg von dir,

bleibe  mit dir zusammen.

Wer soll dir Mut machen

am Abend, wer soll

die Läden herablassen, wer

soll dich stützen,

wenne das Hoftor erdröhnt

vom Faustschlag der Welt?

 

Gehe nicht weg von dir,

bleibe  mit dir zusammen.

Niemand ruft dich; du hörst

nur den Wind.

Das Lied der Lerche

lügt  dem Tod ins Gesicht ;

die Welt, die dich lockt,

verschweigt ihr Gebrest.

 

Gehe nicht weg von dir,

bleibe  mit dir zusammen.

Man lässt dich fallen, du sollst

dich verlassen ;

so will es die Welt.

Sie reizt dich, sie hat

die Lerche erpresst ; siehe steht

auf porzellanenen Krallen.

 

Gehe nicht weg von dir,

bleibe  mit dir zusammen.

Die Winde seien dir gut,

die Glut deines Herds

und an Abend die Grille.

Ihrem Lied lausche; es rauscht

in den Adern der Stille

so sanft wie dein Blut.

 

Gehe nicht weg von dir,

bleibe  mit dir zusammen.

Wer soll neben dir sitzen

im Zimmer, wer soll

dir heften zu schweigen?

Gehe nicht weg von dir ;

die welt steht auf Vogelkrallen,

ihr gesang lügt.

 

Kassiber und neue Gedichte,

Ullstein Buch, Berlin, 1979 et 1982

Poème précédent en allemand :

Rainer – Maria Rilke : Soir en Scanie / Abend in Skåne (23/11/2016)

Poème suivant en allemand :

Paul Celan : Matière de Bretagne (01/12/2016)