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Ulysse

 

J’ai navigué dans ma jeunesse

Le long des côtes dalmates. Des îlots

Emergeaient à fleur d’eau, où parfois

S’arrêtait un oiseau guettant sa proie,

Couverts d’algues, glissants, beaux

Au soleil comme des émeraudes. Quand la marée

Haute et la nuit les annulaient, les voiles

Sous le vent dérivaient plus au large,

Pour en fuir l’embûche. Aujourd’hui mon royaume

Est cette terre de personne. Le port

Pour d’autres allume ses feux ; l’esprit

Indompté me pousse encore au large,

Et de la vie le douloureux amour.

 

Traduit de l’italien par Philippe Renard

In, « Anthologie bilingue de la poésie italienne »

Editions Gallimard (La Pléiade), 1994

 

Ulisse

Nella mia giovinezza ho navigato

Lungo le coste dalmate. Isolotti

A fior d'onda emergevano, ove raro

Un uccello sostava intento a prede, 

Coperti d'alghe, scivolosi, al sole

Belli come smeraldi. Quando l'alta

Marea e la notte li annullava, vele

Sottovento sbandavano più al largo,

Per fuggirne l'insidia. Oggi il mio regno

E quella terra di nessuno. Il porto

Accende ad altri i suoi lumi; me al largo

Sospinge ancora il non domato spirito,

E della vita il doloroso amore.

 

Mediterranee

Mondadori editore, Milano, 1946

Poème précédent en italien :

RobertoVeracini  : La cité-navire / La citta-nave (17/09/2016)

Poème suivant en italien :

Giacomo Leopardi : Le soir du jour de fête /La sera del dì di festa (20/12/2016)