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Blason du cul

 

(…) 

Ô cul de femme! Ô cul de belle fille! 

Cul rondelet, cul proportionné, 

De poil frisé pour haie environné 

Où tu te tiens toujours la bouche close, 

Fors quand tu vois qu’il faut faire autre chose. 

Cul bien froncé, cul bien rond, cul mignon, 

Qui fais heurter souvent ton compagnon 

Et tressaillir, quand s’amie on embrasse 

Pour accomplir le jeu de meilleure grâce. 

Cul rembourré comme un beau carrelet (1), 

Qui prends les gens plus au nez qu’au collet. 

Cul préféré à chacun autre membre, 

Qui le premier couche au lit de sa chambre 

Et le dernier en sort gai et léger, 

Comme de table à l’heure de manger. 

Cul anobli, et à qui fait hommage 

La blanche main, voire tête et corsage 

S’inclinant bas pour te pouvoir toucher 

Et tous les jours révéremment torcher. 

Et, qui plus est, ce temps, chacun s’essaye 

De te vêtir de drap d’or, et de soie 

Et peut-on voir maints braves testonnés (2) 

Qui ont leurs bas de chausse, et leurs bonnets, 

Robe et pourpoint de draps de moindre enchère 

Que n’est leur haut-de-chausse et leur derrière. 

Ô puissant cul, que tu es à douter, 

Car tu fais seul par ta force arrêter 

Où il te plaît, seigneurs, serfs, fols et sages 

Dont les uns ont pour te moucher des pages. 

Qu’il soit ainsi : par toi jadis on vit 

Le Roi Saül, qui poursuivait David, 

Si très-forcé, qu’à David se vint rendre 

Sans y penser, lequel ne le vint prendre 

Ni ne l’occit, quoiqu’il l’eût en sa main, 

Plus aimant paix, qu’épandre sang humain. 

Cul imprenable, assis mieux que sur roche 

Entre deux monts, où ennemi n’approche 

Qui tôt ne soit en la male heure houssé (3), 

Et par ta force et canons repoussé. 

Dirai-je rien de ta grande franchise? 

Las, si ferai! car tu peux dans l’église – 

À un besoin – soupirer et péter 

Quoique le nez s’en veuille dépiter 

Et qu’on te dît que tu es sacrilège, 

Qui est à toi un très-beau privilège. 

Cul désiré d’être souvent baisé 

De maint amant de sa dame abusé 

S’elle voulait moyennant telle offrande 

Lui octroyer ton prochain qu’il demande. 

Je dis encor, ô cul de grand’valeur, 

Que ton teint fait de brunette couleur 

Ne changera tant que seras en règne, 

Et le teint blanc qu’aux autres membres règne 

Par cours de temps peu à peu viendra laid. 

Ô doncques cul, réjouis-toi seulet 

Puisque tu as tant de vertu et grâce 

Que tout beau teint, fors que le tien, s’efface 

Et, advenant qu’il se pût effacer, 

Mieux que d’un autre on se pourrait passer. 

Et, pour renfort de ta louange écrire, 

Dis que tu tiens de tous membres l’empire, 

Pour ce que peux leurs beautés disposer 

Ou leur laisser, ou leur faire poser : 

C’est quand tu es aux œuvres naturelles 

Prompt et hardi, ou quand te fâches d’elles, 

Et de toi pend leur joie, ou leur tristesse. 

Ô cul vaillant et rempli de prouesse, 

Combien heureux sont – donc – les membres tous 

Tant que tu as la foire (4), ou bien la toux? 

Car, cependant, la crainte ne les mord 

D’être mordus, en chiant, de la mort. 

Confessent donc que sans tes bénéfices 

Ils n’ont beauté, teint, plaisirs ni délices. 

(1) : coussin épais, (2) : lavés, (3) : enveloppés, (4) : diarrhée

 

In, « Eros émerveillé. Anthologie de la poésie érotique française » 

Editions Gallimard (poésie), 2012

 

Autre blason du corps féminin :

Claude Chappuys : Blason du con (21/04/2015)