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Quand j’en serai au bout de mon sillon

Et que j’aurai atteint ces hautes terres

Où tournent les oiseaux

Quand j’aurai mené à bien ma récolte

Et que j’écouterai le soir grandir

Les beaux orages des greniers

Quand je saurai qu’on ne doit pas mesurer

Son champ à l’étendue de son regard

Et son rêve à la largeur de sa main

Alors je serai de ceux qui marchent dans les prés

Avant midi en se taisant

M’arrêtant parfois sous un arbre

Comme un homme qui va crier

Sachant que le tracé de la lame sur le bois

Suffit à blesser tout le cœur des forêts

Je ne serai plus perdu dans les mouvements

D’horlogerie fine de la pluie

Et je n’aurai plus souci de m’endormir avec ma clé

Ou de monter dans le dernier étage

De la maison pour parler fort

Je pourrai enfin faire des rêves à l’année

Et m’éveiller soudain en pensant

Que tu es belle quand tu marches sous la pluie

 

Visage premier,

Editions Rougerie, 1963

 

Du même auteur : « maison plus loin que tout… » (19/02/2018)