Droit de suite. I (14/12/2018)

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Le chemin noir vers l’eau retrouvée

s’éteint et plie, retourne

au sol roux de bruyère

longuement la saveur cassée du bois

serrée de nœuds, cordée

de sécheresse. Nos mains étendues

touchent le bruit de feuille froissée

Les images roulent, gréseuses, se font choses

dans la pente sonore, bondissantes

où le pan d’ajoncs se tache de vert

brûlé de grisaille. La pierre taille un seuil

dans l’arête massive et le fouillis de fougère

reprise par l’heure, retirée

à la ligne dure du soir

défaisant les villes, jonchant le grain des boutiques

à l’instant qui trace des visages

les yeux rocheux et gris d’enfants, bleuissant

les bouches retracées, les corps longuement aimés

les muscles mûrs et chauds, les musiques rompues

comme un tendon soudain s’arrache à l’os

- chaleur lentement traversée

jusqu’à ce fond d’eau qui manque et ruisselle

sourdant sur la brisure

Ainsi dans une poche, serré doucement, un caillou poli

(Al Djezaïr, III)

 

Fleuve renversé,

GLM Editeur, 1959

 

Du même auteur :

« Le visage qui va… » (14/12/2016)

Partage des eaux (14/12/2017)

Droit de suite. I (14/12/2018)