220px-Հուշարձան_Ֆրիկի[1]

 

Requête

 

Dieu équitable, juste

et en tout plein de charité

j’ai matière à requête

si tu daignes m’écouter.

 

C’est chose surprenante

qui a lieu sur la terre,

cela prête à pensée

ce que l’on voit au monde.

 

En paradis était Adam,

et Eve, unique semblable,

on y parlait une seule langue

avant que fut mangé le fruit de l’arbre.

 

Or voici qui donne à penser

et qui surprend grandement,

que de l’un et l’autre

tant de peuples soient nés,

et pour chacun d’eux une langue.

 

Mais nous sommes livrés aux tyrans

qui nous tiennent en captivité :

Combien d’églises à détruire ?

Combien de mosquée à ériger ?

 

Combien de femmes sont rendues vides ?

Combien d’enfants, orphelins ?

Que de sang ont-ils versés ?

Que de crimes ont été commis.

 

Combien ce monde doit-il nous faire souffrir 

et cette vie nous saigner ?

Et toi, tu permets tout cela,

et tu nous oublies dans la détresse.

 

Tu n’appelles pas de vengeance éclatante,

tu ne rends pas manifeste le mal,

et tu sais que nous sommes corps de chair,

et que nous ne sommes pas statues de fer.

 

Nous ne sommes pas roseaux ou herbe sauvage,

mais tu nous livres au feu

comme la broussaille des champs

ou les buissons des bois.

 

Tu te déchaines contre la nation d’Arménie

comme tu la fais contre les Israélites,

toute ta colère

vient s’abattre sur nous.

 

L’un s’habille de soie et de pourpre,

à l’autre manque même une chemise ;

l’un réussit en agissant mal,

l’autre échoue en faisant le bien.

 

Que l’un, aux dépens des pauvres s’enrichisse,

et l’autre s’appauvrit, perdant même ce qu’il a ;

que l’un soit surprenant de force,

l’autre,  pusillanime et faible.

 

Tu fais des princes qui règnent sur les autres

comme sur des moutons, les loups.

Comme sur des lièvres, les fauves

ou sur les troupeaux entiers, les lions puissants.

 

Est-ce bien cela que tu as voulu ?

Tu as voulu qu’il y a ait petits et grands ?

Que les fortunés partout se pavanent ?

Et que les infortunés aient le cœur déchiré ?

 

Dis, où se trouve la fortune ?

Et où la trouve-t-on, la chance ?

Voici des ans que j’erre après elle,

avec l’espoir de la recueillir.

 

Traduit de l’arménien par Jean – Pierre Faye,

In, «Poésie arménienne, anthologie des origines à nos jours,

sous la direction de Rouben Melik »

Editeurs Français Réunis, 1973