Jacques%20Lovichi[1]

 

Ne variatur

Ou l’avant-dernière lettre d’Ephèse

 

L’âge

le prend.

 

Il ne sait

désormais

de quoi demain sera

fait

ni même

si demain

sera.

 

« Temps d’aimer

et d’être aimé

encore »

d’exister

un peu

à la limite de l’être

aux marges

du grimoire

à la lisière

du bois noir

où rugissent

les derniers songes

 

« Instant suspendu

qui 

sur la ligne véloce du temps

s’éternise

quelques secondes

avant de basculer inexorablement

dans

l’irréversible

 

Arrêt cabré

déséquilibré

déjà

battement désespéré des bras

danse de mort

juste avant

la plongée

vertigineuse

plus chute qu’avancée

vers

l’improbable

demain »

 

Dernier regard

sur

les mots

fuyants jalons

de

l’itinéraire qui s’achève

avant que ne s’insinuent

entre l’œil

et la

vie

les premières brumes du crépuscule

 

« Voici enfin

mi-chien

mi-loup

l’heure sublime et douce-amère

où la parole s’interroge

s’apaise

et

pure

se dissout »

 

Ne restera

bientôt

de son furtif passage

sur la planète

déjà

morte

que cette offrande

dérisoire

envoi de signes

envoi de feuilles

 

brèves fractures du silence

phrases brisées

balbutiées

provisoirement définitives

jusqu’à trouver

dans la mémoire

leur lieu définitivement provisoire

 et c’est

très bien

 

ainsi

 

« A Babel

le vin coulait noir dans les crânes

et lorsque je voulus braire

ma langue devint bout de bois rugueux

sur la gencive

violette

du délire »

 

Transcendante autant que futile

mais illusoire infiniment

l’écriture seule ne peut

désormais

nous tenir

vivants

 

(Nous comprenons enfin

que le dieu est silence

et sa face

néant)

                    *

L’âge

me prend.

 

Je ne sais

aujhourd’hui

de quoi

demain

sera fait

ni même

si demain

 

sera.

 

In, « La revue des archers, N° 8 »

Éditions Titanic-Toursky, Marseille, 2005

Du même auteur :

La sourde oreille (17/10/2014)

Le combat avec l’ange (17/10/2016)

Mourir dans l’île (17/10/2017)

 

Mort du sultan des Asphodèles (17/10/2018)