glissant[1]

   

     La forêt subitement hurle à la vie. Les étoiles, rôdeuses, envahissent les écluses.

Vivante ô vivante, reine. Tes pieds vont le chemin, manguiers abandonnés. Ta peau

retournée est un labour rouge. Vivante

 

     ô vivante mon matin de prairie, toi ma nuit de prairie violée au combat des taureaux.

Tu as glissé dans l’eau les halètements de ta silhouette coupée de verre. Au gué la plage

noire le sable noir des caresses. Dans l’astre bel astre de tes mains. Tranquille battue

d’aurores dans la nef incendiée de tes rêves, et ta voix de splendeur clamée, d’ivraie

mêlée à l’ivraie : je suspends l’orage au reposoir de tes lèvres !

 

     Ah soudain

     la peur d’être deux

     dans ta beauté !

 

    L’éclair de toi la chevelure des neiges l’éclair de toi air et amour entrelacés. Toi

serpente et labourée. Moi écume de tes pas.

 

Le sang rivé (1947 – 1954), Editions Présence africaine, 1961

 

Du même auteur :

Le premier jour  (01/09/2015)

L’œil dérobé (01/09/2016)

Versets (01/09/2017)

Pays (01/09/2018)