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La femme dilacérée



Tu avais le goût de la terre sombre et de l'amère

écume d'un arbre. J'ai découvert ton visage

sali travaillé par le vent

et les marées noires. Un tournesol nuageux

te faisait de l'ombre. Ton visage se penchait

sur une épaule matinale dilacérée.

Tes jambes fermes étaient d'atroces nerfs

enracinés dans la pierre. Sur tes seins neutres

rebondissaient les vagues lourdes et les métaux furieux.

Le monde s'était obscurci dans tes hanches dilacérées

Tel un oiseau nocturne en des miroirs abolis

tu déplaçais la matière de ton identité.

Dans ton vêtement opaque le vent résonnait

dans une fureur de consonnes et de sombres éclairs.

Traduit  du portugais par Michel Chandeigne,

in « Les poètes de la Méditerranée. Anthologie »

Editions Gallimard (Poésie), 2010

 

Du même auteur :

Une voix / Uma Voz (02/09/2015)

Quand la lumière s’efface… / Quando a luz se apaga (02/09/2016)

Un homme obscur dans une ville lumineuse /Um homem obscuro numa cidade luminosa (02/09/2017)

 

La maison / A casa (19/02/2019)

 

 

A mulher dilacerada

 

Tinhas um sabor a terra escura e à espuma

amarga de uma arvore. Descobri-te o rosto

sujo trabalhado pelo vento

e pelas marés negras. Um oleoso girassol

enublava-te. O rosto inclinava-se

sobre um ombro matinal dilacerado.

 

As tuas pernas densas eram nervos atrozes

implantados na pedra. Sobre o teu peito neutro

repercutiam as ondas e os metais furiosos.

O mundo obscurecera nas dilaceradas ancas.

Como um passaro nocturno entre espelhos abolidos

Movias a matéria da tua identidade.

No teu vestido opaco o vento ressoava

num furor de consoantes e relâmpagos escuros.

Poème précédent en portugais :

 Fernando Pessoa : A la veille de ne jamais partir /Na véspera de não partir nunca  (20/06/2014)

Poème suivant en portugais :

Fernando Pessoa :« Plutôt le vol de l’oiseau … » / «  Antes o vôo da ave, que passa » (20/06/2015)