HD_P2_Edouard-au-Belvedere-Copyright-Collection-particulière[1]

 

Saisons

 

GLOIRE

 

à Jacques Charpier

 

       Les reines du nouvel azur lèvent de leur pays sans frein.

       Fleuve des frondaisons, et chemin du matin,

     De l’aube même, de l’azur, et hennissaient les bêtes,

     J’ai vu que vous faisaient gloire et tristesse les vieux mots,

     Et ce mirage cet embrasement,

     Cavales maintenant très connues, et domptées.

 

     Et vous avez cueilli, ainsi que le druide en la forêt surnaturelle du passé,

     Un midi. Et le temps et l’avenir s’y marièrent, leur noce fut douce.

 

     Flammes. Ruées aux portes de midi. Que tout ce chant

     D’argiles et de fleuves descendant l’aplomb du jour

     Vous soit un lieu d’ordre, de soif, non de ripaille ni d’abrupt aveuglement

     Et que ce leurre ne vous porte à la moisson d’un gui d’antan.

 

 

MOURIR, NON MOURIR

 

à Jean Laude

 

     Les parfums ont tari sur les plages de mes étoiles. L’écume des hauteurs

n’éblouit pas, le livre est là, et sa moisson.

 

     Livre d’allées où l’eau est rare, livre des Morts et des Léthés, en ce pays du

Nord occupé de vendanges, souterraines ô souterraines.

 

     Ouvre, les nuits sont splendides au Livre. (La mer mesurait ses fruits et son

sel. L’été de la nuit allumait l’été.)

 

     J’apprends j’apprends qu’il y a une bataille, après quoi l’amour ne revient,

elle est morte ; et le champ est désert, il n’y eut pas de combattant, mais une

seule éternelle défaite.

 

     Et vois l’eau de la toilette des morts ; l’épouse l’a nappée sous les pas du

clergé.

 

     La mort et ses nochers sont abjurés

     De laisser au cœur de la mer immense qui commence.

 

 

TENTATIONS

 

à Paul Mayer

 

     Lassos vous nous quittez dans le jour blanc plus blanc que neige de l’été

    Aveugles sur vos corps où vont les rêves d’autrefois, voici que vous nouez

le sel à tant d’orages délacés

 

     Si c’est amour les mots s’embrasent se déchirent vous errez

     Pour vous l’amour enfreint le ciel et vous n’avez que profondeurs

     Et vous n’avez que grottes et falaises pour vos corps désespérés

 

     Si c’est labour vous demeurez vous êtes neige sous l’écorce

     Que dites-vous quand vous dormez sous l’épaisseur et dans la fibre

     Qui nous inquiète et nous ravisse tellement ?

     Ou bien n’êtes-vous plus que des fantômes habités d’impurs sillages

     Ou n’êtes-vous lassos que de vous-mêmes, à nous meurtrir et nous tenter ?

 

 

SOLITUDE

 

à Roger Giroux

 

     Mât que la neige a noué de silence

     A la plage où soudain il n’est plus de sel

     Il reconnaît la mer il rompt la face du rivage

     Et s’évade du vent où s’éprennent des lunes

 

     La nuit vient elle vient elle se dresse toril blanc

     Sur la poitrine que soulève un vent de prophéties

     Elle creuse non un vase de fureurs ni d’amour bleu

     Mais une absence de lumière.

 

     Ô perfection de la défaite ô loi du matin

     Le vent le solitaire a joint la vague lui redonne

    En ce calice de son corps une douceur

    Et comme un fils à caresser.

 

     Filles de mer ! Hommes du sel ! Dieux propices aux fêtes !

     Ô épousailles qui ne cessent.

 

 

BEAUTE

 

à Max Clarac-Sérou

 

     C’est par ici un vent de roses solennelles c’est azur

     Tissant en floraison d’irréelles, si belles mains

     C’est l’été que le vent dépouille de son rêve, l’enfant nu

     Pleurant devant le jour, attendant midi.

 

     Ta ville te comprend. A peine un mot implore cette brise

     Invisible qui nous oblige à nous vanter de transparences

     Et plus secrète dans sa sève et innommable. Vois,

     Le sel recouvrir la saison, les arbres roux, l’enfant.

 

     Des roses irréelles nous nommons l’impur encens.

 

Le sang rivé (1947 – 1954),

Editions Présence africaine, 1961

Du même auteur :

Laves (01/09/2014)

Le premier jour (01/09/2015)

L’œil dérobé (01/09/2016)

Versets (01/09/2017)

Pays (01/09/2018)

Le grand midi (01/09/2019)

Saison unique (01/09/2020)