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Nuit de joie

 

Nuit de joie,

dans la demeure où j’ai été reçu.

Aucun nuage n’est venu troubler

mon bonheur.

Nuit de sérénité

la plus douce de ma vie.

 

Dans la coupe de mon vin,

des mains généreuses

ont versé des douceurs nouvelles.

Il a poli la coupe

avec Ses propres mains,

Celui qui est plus brillant

qu’un clair de lune,

le petit de gazelle !

 

Clair de lune éclatant

avec le rameau d’un saule,

Il s’avance, harmonieuse vibration ;

Et Sa taille est si fine

qu’Il fléchit en marchant.

 

Tout donner pour Sa rançon !

Lui, de taille mince et svelte,

volontiers, pour Son salut,

je deviendrai sourd et aveugle.

 

Dès l’instant où mon regard

s’est posé sur les aspects multiples

de Sa beauté,

éperdument je L’ai aimé.

Ô perfection de ce svelte maintien !

Fraîche prairie, verte splendeur !

 

Il a souri légèrement

lorsqu’Il a vu mon trouble.

Les dents de Sa bouche d’aromates

entre Ses lèvres

étincelaient.

 

Lorsqu’il eut développé

la finesse de Ses propos

j’ai senti en L’écoutant

un bien-être tout de douceur.

Lève-toi, ô prisonnier,

et fais ton butin

du but suprême de tes désirs !

 

Il se lève, dans un balancement

de rameau tendre,

ramage qu’agite la brise

légère, lorsqu’elle souffle

au point du jour.

 

Je L’ai étreint

de l’étreinte d’un assoiffé d’amour,

alors qu’en Lui, le vin nouveau

avait folâtré.

Ô ne cherche pas à savoir davantage...

 

Nous, dans un opulent jardin,

ô beauté de ce jardin

qui sous nos regards se déroule

ceint d’une couronne de perles

que les nuages porteurs de pluie

avaient déposées en présent !

 

Une colombe

murmure sa joie

sur les branches

et chaque rameau fléchit,

chaque rameau

chargé de fleurs,

chargé de fruits.

 

J’ai rejeté toute honte

dans le désir de Son amour,

et que cela m’était doux !

Transports de joie nés

avec la musique entendue,

douces mélodies

sur un luth sans cordes.

 

Et l’on polit la coupe,

et mon Bien-Aimé boit avec moi :

lune éclatante

entre les étoiles qui scintillent...

 

J’ai obtenu

ce que désirait ma passion,

la douceur de l’étreinte,

et le baume

d’une vie entière

en Sa compagnie,

sans calomniateurs et sans trouble.

 

Ô douceur de cette nuit !

Nous l’avons passée étendus sur des trônes,

côte à côte rangés,

couverts de rameaux fleuris,

glissant le long d’une rivière

de pur cristal.

 

Traduit de l’arabe par René R. Khawam

in, « La poésie arabe des origines à nos jours »

Editions Phébus, 1995

Du même auteur : L’Unique (21/09/2022)