Adèle-Nègre-5-225x300[1]

 

Résolu par le feu

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Au miroir

voyage en hiver

traversée de névés durs à la face tremblante

miroirs dormants sur la plaine ouverte

pas d’amorce pas d’espace

dessus une herbe foulée comme mer

il faut mon regard agir que le miroir encerclant comme feu rabat et contient tout un

et que le vent a dispersé

je cherche longuement celui qui rabattu vers

miroir celui qui me parle splendide effort vers l’œil

me déverse jusqu’à une autre étendue et fera

l’image avec moi

 

 

 

Quelques degrés délient un peu l’espace entre les eaux

plus souples

une source différente le jeu entre les herbes ouvertes

l’humidité le souffle rendus sur les fenêtres des traces de pas enfin

sur le sol

et quoi ? L’oiseau de mars !

 

J’attends dehors près du brasier

ce point insuffisant de chaleur

je vois des oiseaux heurter le sol cogner à la pâleur

trop sonore

le merle d’hier est mort tourné sur le côté

bec pointé vers l’arbre son cou tors raidi déjà

il manque un cri

opposé noué à la gorge d’effroi

de l’oiseau gélif

 

alors tu allumes une lampe et j’entre

les portes se ferment mal jointées

sur la neige

aujourd’hui toute entière un théâtre livide

et le reste de vie

 

 

 

Pierres ébranlées souches rabattues

j’ai donné l’arbre à mes os

dans mes vertèbres choquées pousse son nom

la mémoire ligneuse de son frère obstiné

bien que tendre infiltre

les deux mains bègues que la scie a tenues ensemble

je les vois pendre

à la hache est entré le cri

 

où dois-je descendre à présent pour former

l’arbre l’entendre

à nouveau ventre ou cerveau

comme on entend un fleuve

prolonger tout l’être par un écrit

qui en suivrait les méandres

 

Tout ce que j’ai vu m’échappe et dire

que je l’ai voulu

reste quand même une forme

lumineuse place nette

la mémoire abîmée dans les paumes

tremblantes

lignes désoeuvrées

et l’idée

lente dans le sang

un feu certain qui brûla qui brûle encore

des cendres

dans le sol altéré

les racines obsédantes remontant

audacieuses

 

 

 

Pas un amandier

à la bouche

la nuit venue

consent ce

jardin adverse tout aussi brun

des souches et

un feu certain

qui me devance et

la plaine révolue

 

 

 

Apparition de

sous le tilleul

la brouette abreuve

ce qui fait danse

concentriquement

où bras et branches sont

des rayons

consentis

 

les oiseaux pleuvent

un affairement insatiable

et bruyant

 

cet air pensif ?

ne consentir à rien

qu’à cette soif

qu’à cette danse

 

 

 

Collant à la phrase

comme la terre à la pierre

que j’extrais extraction je souffle

la poussière ce dépôt

de matière qui sauve

je parle avec le visage découvert

chacune des pierres porte les traits

sédimentaires

de son caractère

gestes précipitations

ce mouvement extrêmement lent qu’on nomme

assise

 

 

 

Rompue s’éveille

à l’instant prodigue de la levée

courbée sur elle-même sursaute

avec les pierres

avec la terre

les armoises amères

la rue nuageuse

les bourgeons pourpres ou vert tendre des lilas

rangées de pierres cercles de cendres poussières

racines et terre

tricot d’or âpres premières

orties torses

ombres

poussières poussières poussières

dans le rayon essor

de réversibles entrelacs

tu peux renverser la vie

que ravivent

toutes pensées soudain visibles

en un instant

tendre gravité profonde

verte joie haute

la mémoire mouillée

où manque encore un mot

comme à chaque naissance

 

 

 

Sous la surface d’un jardin

je travaille

des veines courent orange

et or

roses éblouissantes

que je tire

chirurgicale

ortie chiendent

de grandes artères gonflées

j’arrange les vaisseaux d’une carte

que je lis

liant le souterrain et l’aérien

 

 

 

J’allume un feu et ferme la porte

je prends la rangée rouge des arbres

et l’affairement des oiseaux

un charme attend encore et un érable

je pense au chiendent

un mort étranger me rend visite

c’est suffisant pour rendre la nuit agréable

 

 

 

Ruine insigne

la ronce s’y était mise

au goût de mûre

et de gravats

le plâtre froid grossi

éclot au ventre des murs

le lierre franchit des ponts

invisibles

le sol s’enfonce

 

 

 

Dépareillées les pentures bâillent

et les gonds rouillent

gros et ronds bourgeons de fer

forgés dans la volonté

florissante bourgeoise vanité

explosent là dont la ruine

est le témoin encore

les rideaux pâles bâillons

bâillonnent la lumière

 

 

 

le verbe lové déplie

les lèvres humides

humbles sans histoire

émotives et mauves encore

souterraines

étreintes

 

 

 

Possibles sur les lèvres

confiant à la roue

je vois la couleur qui goûte

à la frange des arbres

mars averse et découpe

toute une rangée soudaine

en crue

 

 

 

Je porte sur mes lèvres cet air

des chairs lentes

faites à l’hiver

blanches

éraillées

collées à l’œil lucide et blanc

 

la hâte

bientôt le sang et

la menthe sa fraîche

fraîche remarque hâtive

à parler

friande

 

 

 

Tu es là tu viens ? Me dit le rêve

(que dis-tu)

le mot mûr s’assombrit

tombe un fruit dans l’herbe

le frisson je te le dois

dans ma bouche roucoulent des galets

torrent d’air de drôles d’oiseaux

labiles labile je pleure

respirer

déjà m’accomplit

 

 

 

A ce moment de la nuit

je m’éteins

tu me tues un peu te dis-je

t’y reprends à plusieurs fois

veuille le tout que je te donne pas la moitié

car lorsque l’une prend

l’autre s’endort ou meurt

 

 

 

Cruche

vide elle sonne

irrésistible

sur la voie aiguë

de la soif

puis sa panse nourrit

alourdie emporte la source

abreuve trinque aussi

revient à l’eau

sans cesse comme au feu

 

sur le chemin

plus que d’eau

plus que de voix

gorgée

la tête et le ventre

les enjambées

la panse poreuse

de cruche

porteuse de vide

d’eau de terre

pensées hâlées

sur les genoux

l’eau non courante fait le chemin

le chant hale de l’avant

 

 

 

A grands coups de bleu retourne la terre

c’est un autre monde

la couleur soudaine

le relief hirsute incommode

il faudra peigner chaque herbe

et chaque pierre

et encore marquer la passe garder le motif

entre les arbres

la tâche entière

 

 

 

 

Tu t’attardes

sous les arbres

parfois l’ombre des branches dessine

des veines sur les bras lents

qui te traversent

et c’est l’espace qui te pense

ou bien celle d’un  nuage tout entier

cache cette clarté incisive

et tu n’y vois plus

 

 

 

Dans ces taches entendues

sous les arbres entre traits

traites

y aurait-il une danse

aussi

terrestre et faussée

par l’angle

l’aune forcée

de mon pas corps vertical

étalonné

c’est couchée qu’il faudra marcher sous les arbres

 

 

 

Cette lumière

qu’elle sorte d’un trait passé par le corps étendu

et connaisse sa mort sans la redouter

et sa vue

aussi il y aura toujours l’ombre des branches

à travers le bois qui danse sur mes bras

l’ombre de l’ombre

semée

une force fore tout près et dedans

splendide étrange

danse et qu’advienne de l’espace à ce pas

 

 

 

Ou bien s’égoutte le temps

où mille pas foulent

le blanc le silence dans le bois

ébloui ce tremble

qui tremble

au bout des doigts

 

ou bien sillonnées les fourches et ruptures

miraculeuses bifurcations

parfois fluides fuites et coulées

où s’inscrivent les crevasses

où se creusent les ornières

surgit un dessin

 

 

 

Tu parles au vent les bras ballants contre la haie toutes griffes

en regard bégayes l’enchevêtrement

alors suffoque le ramier

alertes et vives s’agrippent dans les arbres

les têtes à tue-tête

poussent des cris

l’épervier contre le vent dévie sa proie

la lumière grelottante pétrit l’ordre clair

d’une perdrix grise à ventre blanc

l’extrémité des branches presse

le nuages jaunes à l’envie rayent

mais ne percent

des chairs ternes et des becs

 

 

 

C’est un massacre agréable certes

la voix injonctive du printemps

couverte de fleurs

abat les lendemains

la terre est douce et les reins durs

clameur et tourment ce jeu

auquel timide et muette je consens

m’assaille une joie tumultueuse

car il n’y a pas de mort à perte

 

 

 

Tout ce que je voulais dire part en poussières

les mains sourdes occupées

à terre j’inverse la courbe

la couleur submerge la pensée

de sel le roncier blanc crible l’iris

secouru par la visière

 

 

 

Mots repiqués

à terre

occupée à fendre

j’endure la soif

la foi ne suffit pas

ne suffit pas la volonté d’entrer non

je ne suis pas assez lame ou pierre

avril une épée dans les reins

l’acier bleuit jusqu’à méprendre

restent ciel et terre

doublent

la volonté de faire

 

avril une épée dans les reins

un bleu fallacieux nourrit la bêche

l’acier endure l’incassable

 

 

 

Que sais-tu d’elle ?

Tu méconnais. Seulement à propos de tes reins pourrais-tu dire je

de tes mains de ton coeur ébattu

et encore

tu provoques et convoques tu ferrailles

ses riens dépêchés

elle travaillée par eux

cultivée dit-on

tout au contraire

c’est toi qui peines à naître

et elle qui te travaille

dans sa rudesse

poussières et pierres

clou

os

tessons

pièce

la bague de verre

au doigt d’une défunte mariée

rudérations anciennes enfouies sous la paille

tu inventes

ce qu’elle te fait ce qu’elle fait de toi                                                                                                                                                                                                                                                     

 

 

Résolu par le feu

Bruno Guattari, Editeur, 41250 Tour en Sologne,2018

De la même autrice :

« Tu ne tonitrueras pas... » (07/09/2020)

Parler avec le sphinx (extraits)  ( 06/09/2021)

Résolu par le feu (1) (06/09/2022)