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Le songe du figuier en flammes 

Pour Anne-Lise Bénard

et Claude Couffon

I

 

1

Humbles tisserandes,

les mouettes.

 

A l’abri de la tempête,

elles ravaudent des mots blessés.

 

Les crevasses que laissent les éclairs

sur le visage colossal des fiancés.

 

Les baisers de l’amour en danger

ornés de coquillages et de bateaux

 

2

J’oeuvre avec des nombres très beaux,

des caresses accessibles.

 

Aine.

Aube.

Aisselle délicate.

 

Je respire dans les photographies du ciel.

Le sourire lézardé de la fiancée.

L’arbre du jardin des naufrages.

 

Visage défiguré assoiffé d’eau pure.

Je recueille dans mes mains obscures

une poussière de mots desséchés

dont le son monte

du fond d’une jarre d’argile.

 

3

Rumeur de musique.

Lumière en bris.

 

Où dort la fiancée ?

Dans quel chai se montre-t-elle

à l’invention de ma parole ?

 

Un poulpe étoilé s’endort

et imprime ses ventouses

sur la cuisse d’une statue.

Lèchement d’argent du nombril.

Main aventurière et complice.

Visage qui sourit.

Hortensia sensuel.

 

La fiancée dort près du poulpe

ou peigne à la fenêtre son cri de feu.

Corps de rosée et lait suret.

Labyrinthe.

 

La lumière attend

à la porte de la soif.

 

4

Qui pince

la corde du silence ?

Une femme te regarde,

accroupie.

 

Mes yeux te regardent et se ferment.

Fiancée de personne.

Je nettoie ta robe des amours secs.

Aumônes de femme et d’arbre.

Et de la main d’un autre je caresse

tes genoux de lave.

 

5

Broussailles de toucher.

Le ciel est une coquille

usée par les vagues.

Mes mains s’égarent

dans le bleu le plus profond.

Ici point de cigales.

Rien que l’aube éventrée.

Un pêcheur et un poisson

accroché à une étoile de métal.

Ici il n’y a rien.

 

6

Ultime frontière

où le vent se peigne.

Balcon avec des tresses.

Femme du port.

Je ramasse des plumes d’anges démuni.

Du fumier d’éclair.

Des livres d’occasion.

Jeu de lumière

dans le miroir si réduit de mon ongle.

 

Je ne sais de qui je m’éloigne

ni de qui je me rapproche.

Ame en feu

et yeux fermés.

 

7

Glace aux fruits.

Hôtels, juke-boxes.

 

Pacotilles sur la plage déserte.

Harpons aérolithes et baleines.

Fétiches de livres et de naufrages.

J’accuse la mer

en pleurant de jalousie.

 

Je me contredis.

Est-ce ma fiancée qui pleure

à son balcon avec des tresses ?

La vague en mendiante déguisée

me lèche les mains

avec sa langue de loup et d’agneau.

 

8

Mon corps est une île.

Ma maison,

un incendie.

Une croix qui flotte

amarrée avec des algues.

 

Allongé parme les vagues

sous l’arbre qui brûle

et ses marches anciennes.

Je me découvre

une autre forme de silence et de naufrage.

 

9

La fiancée se fait photographier endimanchée

sur la place du port.

 

Toi, l’indiscret qui passes,

regarde-la sans crainte,

mais ne l’avoue jamais !

 

Laisse-la danser

avec son philosophe populaire

le cha-cha-cha du Vieux Gandin du Sud.

 

Une fleur de sang à la boutonnière

et à la main un mouchoir avec des baisers.

 

10

Mon corps garde ton souvenir,

fiancée à la bouche barbouillée.

 

Je suis ta maison secrète,

le théâtre de ton étreinte.

Fiancée à jamais éprise.

 

Echelle ou kaléidoscope,

ville ou désert.

Qui chante entre ses dents ?

 

Quand nous perdrons notre cœur

et nos os,

nous ne serons plus que des miettes

dans la haine cristalline

du ciel.

 

Etoile filante

qui émiette l’eau.

Caresse sans limite.

 

11

Laisse-moi te vêtir

de mots qui brillent,

fiancée qui brûle seule.

 

La mer est en automne verte et ocre.

Viens à cette côte amoureuse

et je te couvrirai de chèvrefeuille.

Viens, même incorporelle.

Tu seras l’euphorie secrète de la roche.

Le délire du mollusque.

 

12

Je dessine une île et un désert.

Un chemin phosphorescent

et une maison  faite avec du bois d’épaves.

Un coq bleu me guide.

Un poulain d’ombre.

Le songe du figuier en flammes.

 

Je t’enlèverai endormie,

je t’arracherai à ta peine

et je t’emmènerai dans ma maison

que les vagues font trembler.

Et nous tremblerons réunis,

dessins, argiles et livres.

 

13

Quoi que tu dises.

Quoi que tu fasses.

Nous serons étreinte et parole.

Saveur de labyrinthe acide

ou seulement à peine amer.

 

Odeur de contrebande d’océan

et de cheval.

 

Caresses

sur la peau douce

des lamantins.

Chroniques d’amour.

 

Sexe et haillons du cœur

ou tendre haine murmurée

à l’oreille de la lune.

 

Trocs incompréhensibles.

 

Au-dehors les portiers boivent du vin.

Leurre des mains froides.

 

14

Amis exilés et oubliés.

Dieu de nacre et d’os.

 

Sur la plage je leur laisse

ma cicatrice de craie.

Ma fleur anéantie.

Mon amour fané.

 

Tronc fendu de l’olivier.

Simple matière tordue par la mer.

Trouée par l’aube.

Amarrée à la dure transparence

d’un miroir

aux mille bras symétriques.

 

Matière ébranlée.

 

15

Argiles et livres.

Bibliothèques bleues en feu.

Les chevaux marins tombent

du fond poussiéreux du ciel.

 

Corps de mousse polie.

Lèvres du vent sur des lèvres de vent

brûlées par la même haleine

et réfléchies par le même miroir

de pierre noire.

 

Dans le songe du figuier en flammes.

Dans le puits et dans le chemin

où le temps est oublié.

 

Je te baignerai nue

pour que tu ressuscites dans ma voix.

 

Traduit de l’espagnol par Claude Couffon

In, Luis Mizon : « Le songe du figuier en flammes  / El sueño de la higuera en llamas »

Editions Folle Avoine, 35137 Bédée, 1999

Du même auteur :

 Prisons / Prisiones (05/08/2014)

L’arbre / El árbol (05/08/2015)

Terre prochaine / Tierra próxima (05/08/2016)

Vent du Sud / Viento Sur (05/08/2017)

Retour / Retorno (05/08/2018)

Arbre /Árbol (05/08/2019)

Fantôme / Fantasmas (05/08/2020)

La mer des Sargasses (extraits) (05/08/2021)

 

El sueño de la higuera en llamas

 

I

 

1

Tejedoras humildes

las gaviotas.

 

Al resguardo de la tempestad

reparan palabras malheridas.

 

Las grietas que dejan los relámpagos

en el rostro gigante de los novios.

 

Los besos del amor en peligro

adornados de conchas y de barcos.

 

2

Trabajo con números bellíssimos.

Caricias accesibles.

 

Ingle.

Alba.

Axila delicada.

 

Respiro en las fotografías del cielo.

La sonrisa agrietada de la novia.

El árbol del jardín de los naufragios.

 

Rostro desfigurado sediento de agua pura.

Recojo en mis manos oscuras

un polvo de palabras secas

que resuenan

en el fondo de un jarro de greda.

 

3

Rumor de música.

Luz demolida.

 

¿ Dónde duerme la novia ?

¿ En qué bodega se asoma

a la invención de mis palabras ?

 

Un pulpo estrellado se duerme

y marca de ventosas

el muslo de una estatua.

Lamedura plateada del ombligo.

Mano aventurera y cómplice.

Cara que sonríe.

Hortensia sensual.

 

La novia duerme con su pulpo

o peina en la ventada su crin de fuego.

Cuerpo de rocío y leche agria.

Laberinto.

 

La luz espera

en la puerta de la sed.

 

4

¿ Quien pellizca

la cuerda del silencio ?

Una mujer te mira,

En cuclillas.

 

Los ojos se me cierran mirándote.

Novia de nadie.

Limpio tu falda de amores secos.

Limosnas de mujer y de árbol.

Y acaricio con una mano ajena

tus rodillas de lava.

 

5

Maleza y tacto.

El cielo es una concha

usada por las olas.

Mis manos se pierden

en el azul más hondo.

Aquí no hay cigarras.

Sólo el alba destripada.

Un pescador y un pescado

Colgando de una estrella de metal.

Aquí no hay nada.

 

6

Última frontera

donde se peina el viento.

Balcón con trenzas.

Mujer del puerto.

Recojo plumas de ángel pobre

Estiécol de relámpago.

Libros de segunda mano.

Juego de luz

en ele espejo diminuto de mi uña

 
No sé de quién me alejo.
No sé a quién me acerco.
Con el alma encendida
Y los ojos cerrados.
 
7
Helados de fruta.
Hoteles, vitrolas.
 
Baraturas en la playa vacía.
Arpones aerolitos y ballenas.
Fetiches de libros y naufragios.
Acuso el mar,
lloro de celos.
 
Me contradigo.
¿ Es mi novia la que llora
En su balcón con trenzas?
La ola disfrazada de mendigo
me lame las manos
con su lengua de lobo y de cordero.
 
8
Mi cuerpo es una isla.
Mi casa
un incendio.
Una cruz que flota
Amarrada con huiros.
 
Tendido en las olas
bajo el árbol que arde
y su escalera antigua.
Me descubro
otra forma de silencio y naufragio.
 
9
La novia se retrata endomingada
en la plaza del puerto.
 
Indiscreto que pasa,

mírala sin medio,

pero ¡ nunca lo digas !

 

Déjala bailar

Con su filósofo popular
el cha cha cha del Caballero Del Sur.
 
En el ojal una flor de sangre
y en la mano un pañuelo con bezos
 
10
Mi cuerpo te recuerda.
novia de boca mal pintada.
 
Soy tu casa secreta,
el teatro de tu abrazo.
Novia para siempre enamorada.
 
Escala o caleidocopio,
ciudad o desierto.
¿ Quién canta entre dientes ?
 
Cuando se no pierda el corazón
y los huesos,
seremos sólo trizaduras
en el odio cristalino
del cielo
 
Estrella fugaz
que triza del agua.
Caricia sin límite
 
11
Déjame que te vista
con palabras que brillan,
novia que arde sola.
 
En otoño el mar es verde y ocre.
Ven a la costa enamorada
y te cubriré de madreselva.
Ven aunque no tengas cuerpo.
Serás la euforia secreta de la roca.
El delirio del caracol.
 
12
Dibujo una isla y un desierto.
Un camino fosforescente
y una casa hecha con madera náufraga.
Me guía un gallo azul.
Un potro de sombra.
El sueño de la higuera en llamas. 
 
Te robaré dormida,
te quitaré la pena,
te llevaré a mi casa
que tiembla con las olas.
Y temblaremos juntos,
los dibujos, las gredas y los libros.
 
13
Digas lo que digas.
Hagas lo que hagas.
Seremos abrazo y palabra.
Sabor a laberinto ácido
o sólo apenas amargo.
 
Olor a contrabando de mar
y de caballo.
 
Caricias
en la piel suave
de las vacas marinas.
Crónicas de amor.
 
Sexo y harapos del corazón
o dulce odio murmurado
en el oído de la luna.
 
Trueques incomprensibles.
 
Afuera los porteros toman vino.
Engaño de las manos frías.
 
14
Amigos desterrados y olvidados.
Dioses de concha y hueso.
 
En la playa les dejo
mi cicatriz de tiza.
Mi flor aniquilada.
Mi amor seco.
 
Tronco rajado del olivo.
Simple materia torcida por el mar.
Agujereada por el alba.
Amarrada a la dura transparencia
de un espejo
de mil brazos simétricos.
 
Materia estremecida.
 
15
Gredas y libros.
Azules bibliotecas incendiadas.
Los caballos marinos se descuelgan
del fondo polvoriento del cielo.
 
Cuerpos de musgo pulido.
Labios de aire junto a labios de aire
quemados por el mismo soplo.
Reflejados por el mismo espejo
de pieda negra.
 
En el sueño de la higuera en llamas.
En el pozo y el camino
donde se olvida el tiempo
 
Te bañaré desnuda
para que revivas en mi voz.

Poème précédent en espagnol :

José Manuel Caballero Bonald  : Transfiguration de la perte / Transfiguración de lo perdido (09/07/2022)