luis_mizon[1]

 

Fantômes

 

1

Nous avons mangé des anguilles frites

des cervelles d’agneau

du riz

des testicules de taureau

des gâteaux au gingembre et bu du vin.

 

Que l’on amène à table les fous incurables

qui caressent un cheval fantôme.

Ceux qui marchent la nuit

parmi les cris et les tambours

dans les couloirs des hôpitaux

et les villes inconnues.

Ceux qui dorment sur un dessin de fleurs

en tremblant comme bêtes pures

dans leur labyrinthe de sable.

Ceux qui regardent le feu de loin

sans oser s’approcher.

Que sortent de leurs tranchées de béton

les soldats en haillons

comédiens du  brouillard.

La femme que nous n’avons jamais connue

nous conduira sous l’arbre en nous tenant la main

elle nous montrera son sexe

en souriant

sous l’arbre.

 

2

Une vierge métisse

au sexe serré comme un poing d’enfant

me guide entre les affiches du vent du Sud

les briques les papiers déchirés.

Les artistes de cinéma me sourient

dans la brume aigrelette de la mer

et le joueur d’échecs

celui qui a perdu toutes ses dents au jeu

laisse le rire dégrafé

s’envoler de ses gencives.

 

Je me rappelle cet endroit où je ne suis jamais allé.

 

3

Les ancêtres s’assoient

pour décider de la dispute des choses invisibles

écoutant à la fois

la voix du puits et celle de la cascade

et le fleuve qui charrie en morceaux

l’histoire de ta vie

tu pourras t’approcher de la table de lave

quand il n’y aura personne

à l’exception de l’échiquier

personne à l’exception de la respiration

du puits et de la cascade

sous l’ombre de l’incendie vert

personne à l’exception du fleuve

qui raconte en morceaux

l’histoire de ta vie.

 

4

Portraits de famille :

luxe triste de la dentelle

calligraphie des morts

toucher et odeur de soies invisibles

le violon de ma mère

l’épée de mon père

le crâne de mon grand-père :

buste de plâtre illuminé :

coffre-fort.

Une explosion de lumière sur les carreaux

des taches de lumière sur le ciment

et le désert qui apparaît dans les rêves

des voix errantes et un chemin.

Ombre rouille et cendre.

 

5

Le feu attire les fantômes

l’étoile verte pourrit en mer

les sirènes viendront à travers ces rues :

celle qui a taché la lune avec ses lèvres rouges

celle qui est tombée dans les escaliers

avec le premier adolescent ivre

et la sirène fatiguée

qui meurt et ressuscite

dans les bras du vent

 

6

Autour du phare ou de la bougie

tournent des voix amoureuses :

squelettes cristallins

visages timides

habitant l’ombre

phosphorescents et murmurants

se dénudant disparaissant

 

7

Eloigne-toi de la terre aride du Sud

quand le démon s’éloignera

concentré dans son propre cœur

quand le vent ivre

bouche ouverte dormira

en ronflant parmi ses mouches !

Eloigne-toi des femmes du sud

qui avec des craies de couleur maquillent leur visage

et se laissent habiter par des fantômes !

Eloigne-toi des puits taris

et des cheminées éteintes

pleines de voix d’enfants !

Eloigne-toi de la haine

soleil de ronces

qui brûle dans les ruines !

 

8

Que dire à l’enfant abandonné

entre des chaînes rouillées ?

A l’ami qui marche

sous le ciel en ruine

dans une toile d’araignée fil de clarté ?

Que dire quand la ville

semble détruite

par une bataille de fleurs pourries ?

 

9

Ne demande à personne

de te rendre tes mots

ni ta voix.

Tes mots ne partent pas

ils ne meurent pas dans le vent noir.

Une mémoire les recueille

gardant l’horizon

dans sa tour de poussière

 

10

Souviens-toi du peintre d’assiettes

qui dessinait un bateau

entouré de dauphins

et dont le mât tordu

était une treille

chargée de raisin. ;

 

11

Il léchait le sel des choses naufragées

les tatouages de la mer

l’écorce de métal des corps endormis

l’écriture de poussière

que laissent les saints

entourés d’oiseaux et d’enfants.

Il léchait la main et l’écriture

de l’ouragan de pierre

la boue qui couvre les miroirs

où pleurent les fantômes en leur ivresse.

 

12

Il aimait dormir sous les arbres

qui déchirent le ciel avec leurs mots

ou bien chez le vigneron

sur la chaleur des jarres enterrées

que les tremblements de terre ont brisées

pour que le fleuve puisse boire.

 

13

Entre pressoirs et futaille

en offrant des sardines et des coings

le vigneron parle

de la grotte où vit à jamais

la pierre de l’amour inhabitable

la pierre à jamais implacable

la pierre incalculable

à jamais entourée

d’anneaux silencieux de fumée.

 

14

Il était séduit par les miroirs qui reflètent

de faux paysages

par les portes du vent que l’écho traverse

les prisons et les mines de charbon

les meubles pleins de papillons

la perspective implacable du cadran solaire.

 

15

Miroir fugitif de l’eau

mots qui se désagrègent

le philosophe en son ivresse

discute avec la lumière minérale des feuilles vertes

avec la colombe incandescente

et l’arbre de cendres.

Qui à voix basse se confesse dans la maison de bois ?

L’arbre a sombré dans la mer

laissant flotter ses voix.

Qui parle de fenêtres et de chemins

éveillant la fête endormie

dans les jardins pleins de poussière ?

Qui lit à voix basse

un vieux livre de cérémonies

dans la ville assiégée

par des infidèles armés ?

 

16

Le philosophe ivre se baigne

dans une eau plus noirâtre que le rêve

il entend la respiration du cheval

et la respiration de l’étoile

une fine poussière entre les doigts

les pas absents dans la maison de bois.

 

La voix presque inaudible des courtisans du vent

raconte

les secrets innocents de morts.

 

17

Des voix qui brisent l’eau.

Il y a un instant

la lune était à la fenêtre.

Le mendiant aux mains coupées

attache des pinceaux à ses moignons

et peint des scènes arides

des rochers blancs et bleus.

L’étoile brûle dans l’alcool.

Chez la vierge métisse

la radio s’égosille.

Et les vieillards chauffent leurs mains

à l’éclat des nouveau-nés.

 

18

Fantôme du marchand de poisson

avec ses cheveux pleins d’écailles

avec sa balance de bronze.

Fantôme du marchand de glaces

avec sa corne appelant dans le lointain.

Fantôme des marchands de tortues orphelines

de billets de loterie d’aiguilles et d’épingles.

Fantôme des négociants en bouteilles vides.

Fantômes tutélaires

d’association sportives

et de pompiers à la retraite.

Fantôme des ouvriers du port

renversés par les trains

perdus dans la nuit carnivores du Sud

perdus dans la poussière des autos qui passent.

 

19

Où trouver la rage des couleurs brisées ?

Dans ce square de pierre

sous l’arbre jaune ?

Dans un miroir salé ?

Parmi des devinettes des épitaphes populaires ?

Dans le regard de l’asthme et de l’épilepsie ?

En approchant de mon oreille des coquillages ou des volcans ?

 

20

Nous descendrons dans la fosse

des vieux théâtres

pour marcher parmi les tombeaux des musiciens :

on les enterre avec leurs violons

comme les comédiens avec leurs voix

comme les marins avec leurs bateaux.

 

21

Traces effacées de sueur et de sang

sentiers humides de la mémoire.

Où sont-ils les mots qui brisent la peur

dans les labyrinthes vides

la voix de la conque marine

le miroir brisé des heures

et les feuilles mortes qui imitent la pluie ?

 

22

Labyrinthes de brouillard

chambres défaites et cuisines

villes prononcées par le vent

pas absents

l’avocat et le scribe pleurent

racontant l’histoire de leurs vies

le soleil éclate dans le ventre d’un cheval

les gladiateurs retraités sont partis

ce matin

vers leurs terres nouvelles

dans les limites incertaines du poème.

 

23

Ne doute pas des monstres du Sud

du spectre qui demande des cigarettes ou du chocolat

écoute rire la sirène

qui se confond avec la lune

sur la côte irréelle des orages.

Ne doute pas des monstres du Sud

si devant la fenêtre passent

le visage fugitif de la prostituée lépreuse

et son crâne hérissé de cheveux gris.

Ni si le taureau solitaire

traverse la frontière de son labyrinthe

de sable.

Ne doute pas des monstres du Sud

en écoutant le rire du profanateur de tombes

et les marchands d’objets sacrés

entourés de mouettes amnésiques.

Le garçon de salle aux gestes de prêtre

sans te regarder dans les yeux

en passant un chiffon sur la table

te dira qu’il n’y a rien là-bas

rien que le rire aphone

d’une grande sécheresse.

 

24

Archiviste de la pierre

gardien des limites

scribe de la transparence

juge des petits délits

chef du protocole et maître de cérémonies

complice vulnérable :

lucide pendant le jour

ivre la nuit

 

25

Dans sa province perdue

le jardinier dispose écho et vagues

pierres et écumes

ailes d’abeilles mortes

parfums obscurs et sauvages.

Les héros oubliés

se transforment en enfants ou en cascades

l’avocat rit en pyjama

celui de son heureuse décadence

il fait apporter au poète

une bouteille de vin frais

des pêches et des fraises des bois

dans sa bibliothèque de mousse

son grenier à la belle étoile

où il dort

et soigne ses douleurs.

 

26

 Des cérémonies du marché

il ne reste que des papiers

et à défaut de nourriture

les chiens lèchent les blessures infectées de la lune.

Il y a des balayeurs fantômes

dans les escaliers et les cours des usines.

Les bossus font l’amour

avec des statues aveugles.

La brume de la mer illumine

les bancs où dorment les sirènes.

Je me souviens de l’éclat du soleil

des feuilles de l’arbre de cuivre.

Nous marchons en tâtonnant

parmi les échos de la pierre amoureuse.

 

 

Traduit de l’espagnol par Claude Couffon

In, « Luis Mizón. Poèmes du Sud et autres poèmes

Poema del Sur. Edition bilingue »

Editions Gallimard (Du monde entier), 1982

Du même auteur :

 Prisons / Prisiones (05/08/2014)

L’arbre / El árbol (05/08/2015)

Terre prochaine / Tierra próxima (05/08/2016)

Vent du Sud / Viento Sur (05/08/2017)

Retour / Retorno (05/08/2018)

Arbre /Árbol (05/08/2019)

 

1

Hemos comido anguilas fritas

sesos de cordero

y arroz

testículos de toro

dulce de gengibre

y vino.

 

Que traigan a la mesa los locos incurables

que acarician un caballo fantasma.

Los que se pasean de noche

entre gritos y tambores

por pasillos de hospitales

y ciudades desconocidas.

Los que duermen sobre un dibujo de flores

temblando como una bestia pura

en su laberinto de arena.

Los que ven el fuego desde lejos

y no se atreven  a acercarse.

Que salgan de sus trincheras de cemento

los soldados harapientos

actores de la niebla.

La mujer que nunca conocimos

nos llevará de la mano

bajo el árbol

y nos mostrará su sexo

sonriendo

bajo el árbol.

 

2

Una virgen mestiza

con el sexo apretado como el puño de un niño

me guía entre los afiches del viento Sur

ladrillos y papeles desgarrados.

Los actores de cine me sonríen

en la bruma ácida del mar

y el ajedrecista

que perdió todos sus dientes en el juego

deja la risa desatada

volar de sus encías.

 

Recuerdo ese lugar donde nunca estuve.

 

3

Los antepasados se sientan

a decidir disputas de cosas invisibles

escuchando al mismo tiempo

la voz del pozo y la cascada

y el río que arrastra hecha pedazos

la historia de tu vida

puedes acercarte a la mesa de lava

cuando no haya nadie

salvo el tablero de ajedrez

nadie salvo la respiración

del pozo y la cascada

bajo la sombra del incendio verde

nadie salvo el río

que cuenta hecha pedazos

la historia de tu vida

 

4

Retratos de familia :

lujo triste del encaje

caligrafía de los muertos

tacto y olor de sedas invisibles

el violín de mi madre

el cráneo de mi abuelo :

busto de yeso iluminado :

caja fuerte.

Explosión de luz en los cristales

mancha de luz en el cemento

y el desertio que aparece en los sueños

voces errantes y un camino.

Sombra óxido y ceniza

 

5

El fuego atrae los fantasmas

la estrella verde se pudre en el mar

las sirenas vendrán por esas calles :

la que pintó la luna con sus labios rojos

la que rodó por las escalas

con el primer borracho adolescente

la sirena fatigada

que muere y resucita

en los brazos del aire

 

6

Alrededor del faro o de la vela

giran voces enamoradas :

esqueletos cristalinos

tímidos rostros

que viven en la sombra

fosforeciendo y susurrando

desnudándose y desapareciendo

 

7

¡Aléjate de la tierra árida del Sur

cuando el demonio se aleje

concentrado en su corazón

cuando el viento borracho

duerma con la boca abierta

roncando entre sus moscas!

¡Aléjate de las mujeres del Sur

que se pintan la cara con tiza de color

y se dejan habitar por espectros!

¡Aléjate de los pozos secos

y las chimeneas apagadas

llenas de voces infantiles!

¡Aléjate del odio

Sol de zarzamora

que arde en las ruinas!

 

8


¿ Qué decir al niño abandonado

entre cadenas oxidadas?

¿ Al amigo que camina

bajo el cielo demolido

en una telaraña de luz?

¿ Qué decir cuando la ciudad

parece destrozada

por una batalla de flores podridas?

 

9

No pidas a nadie

que te devuelva tus palabras

ni tu voz.

Tus palabras no se van

ni mueren en el viento negro.

Una memoria las recoge

cuidando el horizonte

en su torre de polvo.

 

10

Acuérdate del pintor de platos

que dibujaba un barco

rodeado de delfines

cuyo mástil torcido

era una parra

cargada de racimos.

 

11

Lamía la sal de las cosas naufragas

las tatuajes del mar

la corteza de metal de los cuerpos dormidos

las escrituras de polvo que dejan los santos

rodeados de pájaros y niños.

Lamía la mano y la escritura

del huracán de piedra

el barro que cubre los espejos

donde lloran los fantasmas

en sus borracheras.

 

12

Le gustaba dormir bajo los árboles

que trizan el cielo con palabras

o bien en casa del viñatero

sobre el calor de los jarrones enterrados

que los terremotos rompieron

para que bebiera el río

13

Entre prensas y toneles
ofreciendo sardinas y membrillos
el viñatero habla
de la gruta donde vive para siempre
la piedra del amor inhabitable
la piedra implacable para siempre
la piedra incalculable
para siempre rodeada
de silenciosos anillos de humo.
 

14

Lo seducían los espejos

que reflejan falsos paisajes

las puertas de aire que el eco atraviesa

las prisiones y las minas de carbón

los muebles llenos de mariposas

la perspectiva implacable del reloj de sol.

 

15

Espejo fugaz del agua

palabra que se disgrega

el filósofo borracho

discute con la luz mineral de las hojas verdes

con la paloma incandescente

y el árbol de ceniza.

¿Quién se confiesa en voz baja en la casa de madera?

El árbol se hundió en el mar

dejando flotar sus voces.

¿Quién habla de ventanas y caminos

despertando la fiesta dormida

en los jardines polvorientos?

¿Quién lee en voz baja

un viejo libro de ceremonias

en la ciudad sitiada

por infieles armados?

 

16

El filósofo borracho se baña

en un agua más negra que el sueño

escucha la respiración del caballo

y la respiración de la estrella

un polvo muy fino entre sus dedos

los pasos de nadie en la casa de madera.

 

La voz casi inaudible de los cortesanos del viento

cuenta

los inocentes secretos de los muertos.

 

17

Voces que trizan el agua.

Hace un instante

la luna estaba en la ventana.

El mendigo de las manos cortadas

amarra pinceles a sus muñones

y pinta áridas escenas

roqueríos blancos y azules.

La estrella arde en el alcohol.

En casa de la virgen mestiza

la radio suena a todo volumen.

Los viejos se calientan las manos

con el resplandor de los recién nacidos.

 

18

Fantasma del vendedor de pescado

con el pelo lleno de escamas

y su balanza de bronce.

Fantasma del vendedor de helados

y su cuerno llamando en la distancia.

Fantasmas de vendedores de tortugas huérfanas

boletos de lotería agujas y alfileres.

Fantasmas de negociantes en botella usadas.

Fantasmas tutelares

de asociaciones deportivas

y bomberos jubilados.

Fantasmas de obreros portuarios

atropellados por los trenes

perdidos en la noche carnívora del Sur

perdidos en el polvo de los automóviles que pasan.

 

19

¿Dónde encontrar la rabia de los colores rotos?

¿En esa plaza de piedra

bajo el árbol amarillo ?

¿Dentro de un espejo salado?

¿Entre adivinanzas y epitafios populares?

¿En la mirada del asma y la epilepsia?

¿ Acercándome al oído caracoles o volcanes ?

 

20

Descenderemos a la bodega

de los viejos teatros

a caminar entre las tumbas de los músicos :

los entierran con sus violines

como a los actores con su voz

y a los marinos con su barco.

 

21

Huellas borradas de sudor y sangre

senderos húmedos de la memoria.

¿Dónde están las palabras que trizan el miedo

en los laberintos vacíos

la voz de la concha marina

el espejo roto de las horas

y las ojas secas imitando la lluvia?

 

22

Laberintos de niebla

dormitorios deshechos y cocinas

ciudades pronunciadas por el viento

pasos de nadie

el abogado y el escriba lloran

contando la historia de sus vidas

el sol estalla en el vientre de un caballo

los gladiadores jubilados partieron

esta mañana

a sus tierras nuevas

en los limites inciertos del poema.

 

23

No dudes de los monstruos del Sur

del espectro que pide cigarrillos o chocolate

escucha la risa de la sirena

confundida con la luna

en la costa irreal de las tormentas.

No dudes de los monstruos del Sur

si pasa por tu ventana el rostro fugaz

de la prostitua leprosa

y su cráneo erizado de canas.

Si el toro solitario

traspasa la frontera de su laberinto

de arena?

No dudes de los monstruos del Sur

cuando escuches la risa del profanador de tumbas

y los comerciantes de objetos sagrados

rodeados de gaviotas amnésicas.

El mozo de restaurante

de ademanes sacerdotales

sin mirarte los ojos

y pasando un paño por la mesa

te dirá que no hay nada allí

sino la risa afónica

de una gran sequía

 

24

Archivero de la piedra

cuidador de los límites

escriba de la transparencia

juez de trasgresiones mínimas

maestro de protocolo y ceremonia

cómplice vulnerable :

lúcido de día

borracho de noche.

 

25

En su provincia perdida

el jardinero ordena ecos y olas

piedras y espumas

alas de abejas muertas

perfumes oscuros y salvajes.

Los héroes olvidados

se transforman en niños o cascadas

el abogado ríe en el pijama

de su feliz decadencia

y ordena que lleven ai poeta

una botella de vino fresco

duraznos y frutillas

a su biblioteca de musgo

al desván al aire libre

donde duerme

y se cura de sus males.

 

26

De las ceremonias del mercado

sólo quedan papeles

a falta de comida

los perros lamen las heridas infectadas de la luna.

Hay barrenderos fantasmas

en las escalas y patios de las fábricas.

Los jorobados hacen el amor

con estatuas ciegas.

Las niebla del mar ilumina

los bancos donde duermen las sirenas.

Recuerdo el resplandor del sol

las hojas del árbol de cobre.

Caminanos a tientas

entre los ecos de la piedra enamorada.

Poème précédent en espagnol :

 Olvido Garcia Valdés: « Sur le point de se briser... » / « A punto de quebrarse... » (29/07/2020)

Poème suivant en espagnol :

Claudio Rodríguez(1934 -1999) : Etranger / Ajeno (04/10/2020)